Rendez-vous sur la Prom avec Frédéric Ghintran #3
Frédéric Ghintran, cogérant de la brasserie Le Félix Faure, est l’un des visages les plus reconnaissables de la restauration niçoise. Né à Nice en 1979, ce fils d’un menuisier et d’une secrétaire de mairie a bâti, avec son frère Christophe, un petit empire parti d’un simple camion pizza. Dans cet épisode de Rendez-vous sur la Prom, Jean-Raphaël Drahi reçoit celui que tout le monde appelle « Fred » pour raconter un parcours d’entrepreneur autodidacte, son attachement viscéral à la baie des Anges et son engagement solidaire, du haut pays niçois au cœur de Nice.
Du camion pizza à la brasserie Le Félix Faure, une institution niçoise
Qui est Frédéric Ghintran ?
Frédéric Ghintran est un restaurateur niçois, cogérant avec son frère Christophe de la brasserie Le Félix Faure, institution du centre de Nice. Né à Nice en 1979, il grandit entre l’ouest de la ville et le haut pays niçois, où ses grands-parents paternels vivaient à Belvédère, dans la Vésubie. Issu d’un milieu ouvrier — mère secrétaire de mairie, père menuisier —, il fait ses études à l’EDHEC, passe par Paris puis Londres, avant de revenir s’installer dans sa ville natale. Il est aujourd’hui président de la branche restauration de l’UMIH 06 et un acteur reconnu de la vie économique et solidaire niçoise.
Du camion pizza au local commercial : les débuts des frères Ghintran
L’histoire commence en 2004. Frédéric termine son mémoire de fin d’études à Paris, son frère Christophe, titulaire d’un CAP pâtisserie, se retrouve au chômage technique à cause des travaux du tram sur le boulevard Jean-Jaurès. Sans réseau ni argent, les deux frères décident de monter un camion pizza. Ils rachètent un vieux Citroën, le réaménagent avec leur père, apprennent à faire des pizzas « sur le tas ».
Reste à trouver un emplacement. Éconduits une première fois par les services de la voirie, ils sollicitent leur voisin, ancien salarié de Citroën et beau-père de Christian Estrosi. C’est finalement un courrier de l’Assemblée nationale, puis un autre de la mairie signé Jacques Peyrat, qui leur ouvrent la porte : trois places leur sont proposées. Ils choisissent un emplacement dans le secteur qu’ils connaissent le mieux, à l’ouest de Nice, près de la Compagnie des Eaux.
Le camion fonctionne bien, trop bien. Au bout d’un an et demi, le four sature. De retour d’un week-end en Corse, les frères repèrent une ancienne boucherie à céder et rachètent le droit au bail à Simon Organo, boucher de quartier devenu pour eux un modèle de travail. Ils y ouvrent la pizzeria Les Deux Frères, avec des pointes à 400 pizzas dans la soirée.
Séparation, échec dans le Var et retour à Nice
Après quelques années de succès, une brouille sépare les deux frères pendant près de deux ans. Chacun mène ses affaires de son côté avant de repartir ensemble dans le Var, où ils prennent deux grosses affaires en gérance. L’expérience tourne au semi-échec : ce n’est pas leur clientèle, ni leur façon de travailler. Frédéric y perd beaucoup d’argent, mais en tire un apprentissage décisif de la restauration.
De retour à Nice, ils reprennent un local abandonné qu’ils transforment eux-mêmes, en bleu de travail, pendant trois mois et demi : ce sera le Garnier, ancien Maracana. Nouveau succès. Suit la reprise du Rossini, restaurant que Frédéric admirait déjà à l’époque où il livrait des pizzas en mobylette.
La reprise du Félix Faure, institution niçoise
Le Félix Faure, brasserie emblématique du centre de Nice, est à vendre. Son propriétaire, Pierre, arrivé de Calabre soixante ans plus tôt, est l’une des sources d’inspiration de Frédéric. La négociation prend des années. Grâce à un crédit vendeur et à l’argent prêté par des amis — certains ayant contracté des crédits à la consommation pour eux —, les frères parviennent à entrer dans les lieux. Ces amis sont aujourd’hui associés dans d’autres affaires.
Frédéric revendique une brasserie profondément niçoise : 80 % des clients sont des Niçois, la carte met en avant la daube, les farcis, la pissaladière, les assiettes niçoises. Ouverte de 11h30 à 1h30 du matin, une rareté à Nice, la brasserie se veut selon lui « d’utilité publique », un lieu où se croisent ouvriers, avocats, notaires, étudiants et hommes politiques.
Le Félix Faure représente aujourd’hui entre 40 et 50 employés selon les saisons, près de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires, et entre 400 et 600 couverts par jour — jusqu’à 1 200 lors du carnaval.
Le Covid, les manifestations et la philosophie du travail
La crise sanitaire marque une rupture : pour la première fois, on empêche les frères de travailler. Frédéric reconnaît la chance d’avoir été aidé par l’État et de disposer de trésorerie. Lui qui se dit sans « caractère syndicaliste » descend pour la première fois dans la rue, à Paris et à Marseille, avec une partie de son équipe, pour défendre les emplois et les entreprises du secteur.
Tout au long de l’entretien, une devise revient : « Il n’y a pas de victoire sans sacrifice. » Frédéric défend une éthique du travail héritée de ses parents et grands-parents ouvriers, tout en gardant, dit-il, « les pieds sur terre » — champignons dans le haut pays, fidélité aux copains d’école, refus de juger les gens à leur compte en banque.
Un engagement solidaire, de la Roya aux petites sœurs des pauvres
Au lendemain de la tempête Alex, Frédéric réunit une trentaine de chefs d’entreprise de la région dans la salle du Félix pour organiser une aide aux sinistrés de la vallée de la Roya. Il évoque les « week-ends solidaires » lancés par ses amis Gilles Marsala et Philippe Roustan, où des citoyens de tous horizons viennent déblayer les maisons ensevelies sous la boue.
Chaque année, il organise aussi une journée galette des rois au Félix Faure : les galettes, fabriquées avec des produits offerts par des fournisseurs, sont vendues au profit des petites sœurs des pauvres, qui tiennent une maison de retraite rue de la Gendarmerie et dont 60 % des frais de fonctionnement proviennent de dons.
Nice, capitale d’hiver et terre d’entreprise
Amoureux de sa ville, Frédéric défend une Nice qui vit toute l’année, moins saisonnière que le Var, redevenue « capitale d’hiver » grâce à sa lumière, sa culture, sa montagne et ses grands événements sportifs. Il salue le développement raisonné de la ville, sa politique environnementale — « un arbre, un Niçois » — et son attractivité nouvelle pour les entreprises et l’industrie.
Interrogé sur ses adresses, « Fred » cite la pizza Crespi, le Madison et le Coucou, plage privée de son ami Aiden sur la Promenade des Anglais. Mais pour flâner, il revient toujours à la Prom’ et au Vieux-Nice, où il a habité rue du Château. « C’était une évidence de revenir à Nice », résume celui qui, un week-end de février, sur la Promenade des Anglais, a compris que rien ne pourrait plus l’éloigner de la baie des Anges.
Au fil de l’épisode
- 00:01:50 — Présentation de Frédéric Ghintran, né à Nice en 1979
- 00:03:06 — Le premier camion pizza en 2004 avec son frère Christophe
- 00:04:16 — Une éducation ouvrière et le goût du travail
- 00:05:33 — La recherche d’un emplacement et l’aide de Christian Estrosi
- 00:08:57 — Les débuts près de la Compagnie des Eaux, à l’ouest de Nice
- 00:11:16 — Le succès du camion et la reprise d’une boucherie
- 00:14:14 — L’ouverture de la pizzeria Les Deux Frères
- 00:15:51 — La séparation des deux frères et l’échec dans le Var
- 00:17:12 — Le retour à Nice, le Garnier et le Rossini
- 00:19:08 — La reprise du Félix Faure et le crédit vendeur de Pierre
- 00:20:59 — Ce que représente le Félix aujourd’hui
- 00:26:12 — Traverser la crise du Covid et manifester à Paris
- 00:30:20 — La solidarité après la tempête Alex
- 00:33:11 — La journée galette des rois pour les petites sœurs des pauvres
- 00:35:26 — La présidence de la branche restauration de l’UMIH
- 00:37:35 — Garder les pieds sur terre malgré la réussite
- 00:39:31 — Le marathon de New York avec les copains
- 00:42:08 — Ce qui fait du Félix Faure une brasserie niçoise
- 00:44:15 — Nice, ville qui vit toute l’année
- 00:45:37 — Culture, sport et développement raisonné de la ville
- 00:48:42 — De Paris et Londres au retour à Nice
- 00:51:03 — Nice ou Belvédère : un lien indissociable
- 00:52:27 — Ses bonnes adresses à Nice
- 00:54:19 — L’invité suggéré pour un prochain épisode
Références de l’épisode
- Le Félix Faure, brasserie à Nice
- Les Deux Frères, pizzeria
- Le Garnier (ancien Maracana), restaurant à Nice
- Le Rossini, restaurant à Nice
- Pizza Crespi
- Le Madison
- Le Coucou, plage privée sur la Promenade des Anglais
- UMIH 06 (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie)
- EDHEC, Nice
- Christian Estrosi, maire de Nice
- Jacques Peyrat, ancien maire de Nice
- Simon Organo, boucher
- Nicolas Burnel
- Gilles Marsala
- Philippe Roustan
- Gauthier Robo, entreprise d’obsèques, président de l’association des amis du vœu
- Petites sœurs des pauvres, rue de la Gendarmerie, Nice
- Tempête Alex
- Vallée de la Roya
- Belvédère, Vésubie
- Saint-Martin-Vésubie
- Vallée de la Tinée
- Boulevard Jean-Jaurès, Nice
- Promenade des Anglais
- Vieux-Nice, rue du Château
- Marathon de New York
- Calabre
FAQ
Qui est Frédéric Ghintran ?
Frédéric Ghintran, dit « Fred », est un restaurateur niçois né à Nice en 1979. Avec son frère Christophe, il cogère la brasserie Le Félix Faure, institution du centre de Nice. Parti d’un simple camion pizza en 2004, il dirige aujourd’hui plusieurs affaires de restauration et préside la branche restauration de l’UMIH 06.
Qu’est-ce que la brasserie Le Félix Faure à Nice ?
Le Félix Faure est une brasserie emblématique du centre de Nice, reprise par les frères Ghintran. Elle sert une cuisine niçoise traditionnelle — daube, farcis, pissaladière — et reste ouverte de 11h30 à 1h30 du matin, une rareté à Nice. Elle emploie entre 40 et 50 personnes et sert entre 400 et 600 couverts par jour.
Comment Frédéric Ghintran a-t-il débuté dans la restauration ?
En 2004, Frédéric Ghintran et son frère Christophe lancent un camion pizza à l’ouest de Nice, réaménagé avec l’aide de leur père. Devant le succès, ils ouvrent la pizzeria Les Deux Frères, puis les restaurants Le Garnier et Le Rossini, avant de reprendre la brasserie Le Félix Faure.
Quel est l’engagement solidaire de Frédéric Ghintran ?
Frédéric Ghintran s’implique dans la vie locale niçoise. Après la tempête Alex, il a réuni une trentaine de chefs d’entreprise pour aider les sinistrés de la vallée de la Roya. Chaque année, il organise une journée galette des rois au Félix Faure au profit des petites sœurs des pauvres de Nice.
Où retrouver Frédéric Ghintran à Nice ?
On croise Frédéric Ghintran au Félix Faure, sa brasserie au cœur de Nice. Il fréquente aussi la pizza Crespi, le Madison et le Coucou, plage privée sur la Promenade des Anglais. Pour flâner, il privilégie la Prom’ et le Vieux-Nice, où il a habité rue du Château.
Quel est le lien de Frédéric Ghintran avec Belvédère ?
Frédéric Ghintran a ses racines familiales à Belvédère, dans la vallée de la Vésubie, où vivaient ses grands-parents paternels. Il y retourne ramasser des champignons avec son frère. Pour lui, Nice et le haut pays niçois sont indissociables, les villages de la Vésubie et de la Tinée ayant historiquement nourri la ville en travailleurs.