Rendez-vous sur la Prom avec Stéphane TALLON – Directeur du Musée de la Photographie Charles Nègre #7

Stéphane TALLON dirige le Musée de la Photographie Charles Nègre, à Nice, place Pierre Gautier, depuis janvier 2021. Niçois d’adoption aux racines toulousaines et égyptiennes, ce passionné de photographie et de philosophie a construit une programmation « pour tous », qui alterne grands noms internationaux et talents régionaux. Au micro de Julien Gérard, il retrace un parcours singulier — d’une librairie-galerie du quartier des Musiciens aux directions de protocole, jusqu’à la tête d’un musée niçois qui a battu des records de fréquentation. Récits d’expositions, anecdotes de coulisses avec les plus grands photographes et déclaration d’amour à la lumière de Nice.

Le directeur du Musée de la Photographie Charles Nègre, place Pierre Gautier à Nice

Qui est Stéphane TALLON ?

Stéphane TALLON est le directeur du Musée de la Photographie Charles Nègre, à Nice, poste qu’il occupe depuis janvier 2021. Niçois d’adoption, il a des racines toulousaines par son père et égyptiennes par sa mère, et a grandi partagé entre Toulouse et Nice avant de s’installer définitivement dans la baie des Anges. Photographe lui-même, passionné d’histoire de l’art et de philosophie, il a exposé les plus grands noms de la photographie internationale comme des talents régionaux, en défendant une programmation exigeante mais ouverte à tous les publics.

Son parcours est celui d’une « double vie » : des études de droit menées pour rassurer ses parents, en parallèle d’une pratique et d’une passion pour l’art nourries depuis l’enfance. Avant de diriger le musée, il a longtemps travaillé dans l’administration et l’événementiel institutionnel, à la Ville de Nice puis au Département des Alpes-Maritimes.

Des débuts de libraire-galeriste dans le quartier des Musiciens

À 19-20 ans, Stéphane Tallon ouvre une librairie-galerie dans le quartier des Musiciens, où il vend des livres d’art et de philosophie. Le lieu accueille aussi une exposition permanente dédiée à la jeune création contemporaine — photographie, peinture — et devient un espace d’échange autour des différents médiums artistiques.

Il fonde en parallèle l’association Les Chemins de la connaissance, organisant des conférences avec des auteurs venus des quatre coins de la France. Il loue des salles dans les hôtels niçois, jusqu’au Plaza, place Masséna, et réalise même des interviews pour Radio Nostalgie, alors installée au-dessus de l’ancien tabac de la place Masséna.

L’aventure dure environ trois ans. Si l’activité culturelle et événementielle fonctionne, l’exploitation commerciale l’est moins : « pour vivre de la vente de livres, il faut vendre beaucoup de livres », les marges étant réduites. Il doit arrêter et rechercher la stabilité.

De l’administration à l’inauguration du Théâtre de la Photographie et de l’Image

Pour éponger ses dettes, Stéphane Tallon entre dans l’administration « par la petite porte », passe ses concours et gravit les échelons. À la fin des années 1990, il est à la direction du protocole de la Ville de Nice quand on lui confie, en 1999, l’organisation de l’inauguration d’un établissement nouveau : le Théâtre de la Photographie et de l’Image, boulevard du Bouchage.

Ce lieu, l’Artistique, fut pendant plus d’un siècle un cercle privé, « The place to be » où se retrouvait l’intelligentsia de la Côte d’Azur : conférences, expositions, dîners mondains. En perte de vitesse dans les années 1990, il est racheté par la municipalité pour éviter qu’il ne devienne un supermarché, et consacré à la photographie. L’établissement naît en 1999 de l’imagination de Jean-Pierre Justo, son fondateur, qui constitue notamment le fonds Charles Nègre.

Après un passage comme directeur du protocole au Département des Alpes-Maritimes, Stéphane Tallon opère en 2009 un virage professionnel pour revenir à la culture : il rejoint l’établissement comme directeur administratif et financier, en tandem avec la nouvelle directrice artistique Marie-France Bourg, dont il salue le travail et auprès de qui il dit avoir beaucoup appris.

L’acte deux : le Musée de la Photographie Charles Nègre place Pierre Gautier

En 2016, considérant l’engouement des Niçois pour la photographie, la municipalité veut donner une meilleure visibilité à l’établissement, jugé trop confidentiel boulevard du Bouchage. Le musée déménage fin 2016 place Pierre Gautier, dans une ancienne sous-station EDF à l’architecture industrielle, un site que la Ville avait acquis des décennies plus tôt et qui avait accueilli le Forum d’architecture et d’urbanisme, puis une partie des collections de Jean Ferrero.

L’opération enrichit l’offre : le musée gagne une galerie mitoyenne, espace satellite désormais entièrement consacré à la création régionale. Depuis, le Musée de la Photographie Charles Nègre alterne trois expositions annuelles autour des grands noms de la photographie historique et contemporaine, tandis que la galerie met en lumière la jeune création émergente comme Alexandre Dufaye, et des photographes qui font la richesse du territoire : Jacques Renoir, Charles Bébert, Frédéric Altmann.

Nommé directeur après un jury tenu en 2020 — il avait assuré l’intérim depuis le départ à la retraite de Marie-France Bourg —, Stéphane Tallon a eu dix ans pour mûrir son projet scientifique et culturel. Sa ligne : « la culture pour tous ». En tant qu’institution publique financée par le contribuable, le musée doit s’adresser au plus large public, avec une programmation exigeante mais jamais élitiste ni cloisonnée. Un photographe l’accompagne depuis ses débuts d’adolescent : Sebastiao Salgado, avec lequel il a d’ailleurs ouvert sa programmation.

Aller à la conquête de nouveaux publics : les expositions hors les murs

Pour toucher ceux qui ne fréquentent pas les musées, Stéphane Tallon investit l’espace public. Tout commence place Pierre Gautier, requalifiée par la municipalité en palmeraie : les madriers de bois entourant les quatorze palmiers deviennent le support d’une scénographie en plein air.

La première exposition hors les murs porte sur Charles Bébert, en miroir de Salgado dans la galerie. Le photographe niçois, mémoire de la Côte d’Azur, avait suivi tous les tournages de Belmondo de 1965 à 1984 : avec ses fils Bruno et Stéphane, le musée investit la place pour une exposition consacrée à ces clichés.

Vient ensuite le grand triptyque Yann Arthus-Bertrand. « La Terre vue du ciel », projet labellisé par l’UNESCO en 2007, s’installe sur le miroir d’eau et l’espace Jacques Médecin comme un musée à ciel ouvert : 150 photographies, plus de trois mois, plus de 150 000 personnes selon des comptages effectués à différents moments de la journée. Le propos se poursuit place Pierre Gautier avec « Bestiaux », son travail de près de vingt ans sur le Salon de l’agriculture, et dans le musée par une grande rétrospective de 45 ans de carrière, doublée de la diffusion en continu du film Legacy, présenté peu avant au Festival de Cannes, onze ans après Home réalisé avec Luc Besson.

Vincent Munier, le musée le plus visité de Nice

Autre coup de cœur : Vincent Munier, photographe animalier qu’il suit depuis une quinzaine d’années. Comme Salgado ou Arthus-Bertrand, Munier n’accepte que des projets cohérents avec sa démarche. Son exposition « Les Trois Pôles », du 15 octobre 2022 au 15 janvier 2023, rencontre un beau succès : sur de nombreuses journées, et notamment sur sa dernière semaine, le musée devient l’établissement le plus visité de Nice, dépassant le Musée d’art moderne et contemporain.

Stéphane Tallon en retient une écriture photographique minimaliste et poétique, où l’animal signe une composition sans en être toujours le sujet principal, saisi dans son environnement « avec beaucoup de pureté ». Il se souvient d’y avoir emmené son fils de sept ans, un mercredi, frappé par le calme des enfants captivés — preuve, pour lui, que la photographie peut toucher tous les cœurs.

La lumière de Nice, une histoire d’amour

Interrogé sur son attachement à Nice, Stéphane Tallon convoque d’abord la lumière — celle dont parlait Matisse —, le climat, la proximité entre mer et montagne, et le Mercantour qu’il arpente depuis une trentaine d’années. « L’écriture par la lumière », dit-il de la photographie : un dénominateur commun avec la ville.

Sommé de citer trois lieux niçois hors du musée, il choisit la colline du château pour sa vue de belvédère, le Vieux-Nice pour son âme, et la Promenade des Anglais — le chemin qui, par le quai des États-Unis et le cours Saleya, mène tout naturellement place Pierre Gautier, face au palais sarde et au musée.

Anecdotes de coulisses et prochaines expositions

Pudique sur sa propre pratique — pluridisciplinaire, marquée par la photographie humaniste et environnementale —, Stéphane Tallon préfère mettre en lumière les autres. Il raconte volontiers ses aventures avec les grands noms : Yann Arthus-Bertrand, qui confondait Nice et Cannes avant sa venue, ou ce déjeuner sur une plage où le photographe, invoquant le documentaire oscarisé La Sagesse de la pieuvre, interdit à ses convives de commander du poulpe. Il évoque aussi la belle aventure Nick Knight, montée de longue date.

Sa programmation se construit deux ans à l’avance, pour le musée comme pour la galerie. Côté à venir : après Lionel Kazan, une exposition consacrée à l’Américain Jeffrey Conner, maître de la photographie de paysage en noir et blanc, avec tirages argentiques au platine et grands formats ; puis, en fin d’année, Robert Doisneau — ses grands classiques comme Le Baiser de l’Hôtel de Ville, mais aussi un pan méconnu de son travail en couleur, notamment aux États-Unis. Pour de futurs invités du podcast, il suggère l’académicienne Muriel Mayette-Holtz, directrice du Théâtre National de Nice, et Robert Roux, adjoint au maire délégué à la culture et artiste plasticien.

Au fil de l’épisode

  • 00:02:02 — Présentation en clin d’œil à Charles Nègre, photographe né à Grasse
  • 00:03:17 — Le nom Tallon et le président du Bénin, échanges avec Julien Gérard
  • 00:04:04 — Racines toulousaines et égyptiennes, l’installation à Nice
  • 00:04:29 — La librairie-galerie du quartier des Musiciens à 19-20 ans
  • 00:05:01 — L’association Les Chemins de la connaissance et les conférences
  • 00:06:10 — Fin de l’aventure commerciale au bout de trois ans
  • 00:07:06 — Études de droit et double vie tournée vers l’art
  • 00:08:05 — Le parallèle avec Sebastiao Salgado, la quête de l’essentiel
  • 00:10:29 — L’entrée dans l’administration et la recherche de stabilité
  • 00:11:38 — L’inauguration du Théâtre de la Photographie et de l’Image en 1999
  • 00:13:20 — Jean-Pierre Justo, fondateur, et le fonds Charles Nègre
  • 00:14:25 — Retour à la culture en 2009, le tandem avec Marie-France Bourg
  • 00:15:56 — L’acte deux : le déménagement place Pierre Gautier en 2016
  • 00:18:02 — La galerie mitoyenne consacrée à la création régionale
  • 00:20:17 — Le projet retenu en 2020 et la ligne « culture pour tous »
  • 00:22:35 — Sebastiao Salgado, artiste fondateur de sa programmation
  • 00:23:04 — Les expositions hors les murs et la place Pierre Gautier
  • 00:24:19 — Charles Bébert et l’expo Belmondo sur ses tournages
  • 00:25:08 — Le triptyque Yann Arthus-Bertrand, 150 000 visiteurs
  • 00:27:50 — Comment Yann Arthus-Bertrand confondait Nice et Cannes
  • 00:31:11 — Vincent Munier et « Les Trois Pôles », musée le plus visité de Nice
  • 00:34:01 — La visite avec son fils de sept ans
  • 00:35:36 — L’anecdote du poulpe et de La Sagesse de la pieuvre
  • 00:37:32 — La construction d’une programmation deux ans à l’avance
  • 00:40:06 — Sa propre pratique photographique, entre pudeur et discrétion
  • 00:42:10 — Pourquoi Nice : la lumière, Matisse, mer et montagne
  • 00:44:20 — Trois lieux niçois : château, Vieux-Nice, Promenade des Anglais
  • 00:46:40 — Les prochaines expositions : Jeffrey Conner et Robert Doisneau
  • 00:49:23 — Suggestions d’invités : Muriel Mayette-Holtz et Robert Roux

Références de l’épisode

  • Musée de la Photographie Charles Nègre, place Pierre Gautier, Nice
  • Théâtre de la Photographie et de l’Image, boulevard du Bouchage, Nice
  • Charles Nègre, photographe né à Grasse
  • Jean-Pierre Justo, fondateur du Théâtre de la Photographie et de l’Image
  • Marie-France Bourg, ancienne directrice artistique
  • Sebastiao Salgado, photographe
  • Vincent Munier, photographe animalier
  • Yann Arthus-Bertrand, photographe
  • Nick Knight, photographe
  • Jacques Renoir, photographe
  • Charles Bébert, photographe niçois
  • Frédéric Altmann
  • Lionel Kazan, exposition en cours
  • Alexandre Dufaye, jeune création contemporaine
  • Jeffrey Conner, photographe américain
  • Robert Doisneau, photographe
  • Jean-Marie Périer, photographe
  • Jean-Paul Belmondo, tournages photographiés par Charles Bébert
  • Matisse
  • René Char, « L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant »
  • Luc Besson
  • Muriel Mayette-Holtz, académicienne, directrice du Théâtre National de Nice
  • Robert Roux, adjoint au maire de Nice délégué à la culture, artiste plasticien
  • Jean Ferrero, collections photographiques
  • Fondation GoodPlanet
  • La Terre vue du ciel, projet labellisé UNESCO 2007
  • Legacy, film de Yann Arthus-Bertrand
  • Home, film de Yann Arthus-Bertrand et Luc Besson
  • La Sagesse de la pieuvre, documentaire oscarisé
  • Le Baiser de l’Hôtel de Ville, photographie de Robert Doisneau
  • « Les Trois Pôles », exposition Vincent Munier (15 octobre 2022 – 15 janvier 2023)
  • « Bestiaux », série de Yann Arthus-Bertrand sur le Salon de l’agriculture
  • Radio Nostalgie, place Masséna
  • Hôtel Plaza, Nice
  • Place Masséna, Nice
  • Quartier des Musiciens, Nice
  • Palais sarde, Nice
  • Cours Saleya, Vieux-Nice
  • Quai des États-Unis, Nice
  • Promenade des Anglais, Nice
  • Colline du château, Nice
  • Espace Jacques Médecin et miroir d’eau, Nice
  • Mercantour
  • Festival de Cannes
  • Musée d’art moderne et contemporain (MAMAC), Nice
  • Instagram : @musee.photo.nice

FAQ

Qui est Stéphane Tallon ?

Stéphane Tallon est le directeur du Musée de la Photographie Charles Nègre, à Nice, poste qu’il occupe depuis janvier 2021. Niçois d’adoption aux racines toulousaines et égyptiennes, photographe et passionné d’art et de philosophie, il a débuté par une librairie-galerie avant de rejoindre l’administration, puis le musée comme directeur administratif et financier en 2009.

Où se trouve le Musée de la Photographie Charles Nègre ?

Le Musée de la Photographie Charles Nègre est situé 1 place Pierre Gautier, 06300 Nice, face au palais sarde, dans une ancienne sous-station EDF à l’architecture industrielle. L’établissement s’y est installé fin 2016, après des années passées au Théâtre de la Photographie et de l’Image, boulevard du Bouchage.

Quels grands photographes Stéphane Tallon a-t-il exposés à Nice ?

Sous sa direction, le musée a exposé Sebastiao Salgado, Vincent Munier, Yann Arthus-Bertrand, Nick Knight, Jacques Renoir, Charles Bébert ou encore Frédéric Altmann. Des expositions à venir sont consacrées à l’Américain Jeffrey Conner et à Robert Doisneau. La galerie mitoyenne valorise la création régionale et les jeunes talents, comme Alexandre Dufaye.

Quelle est la ligne éditoriale du Musée de la Photographie Charles Nègre ?

Stéphane Tallon défend une « culture pour tous » : une programmation exigeante mais jamais élitiste, ouverte aux néophytes comme aux initiés. Le musée alterne trois expositions annuelles autour des grands noms historiques et contemporains, avec des thèmes récurrents comme la photographie humaniste et environnementale, tandis que la galerie met en lumière la création régionale.

Qu’était l’exposition Yann Arthus-Bertrand à Nice ?

C’était un grand triptyque : « La Terre vue du ciel » (projet labellisé UNESCO en 2007) installée sur le miroir d’eau et l’espace Jacques Médecin comme un musée à ciel ouvert, « Bestiaux » place Pierre Gautier, et une rétrospective de 45 ans de carrière dans le musée avec la diffusion du film Legacy. Elle a été vue par plus de 150 000 personnes.

Où retrouver le Musée de la Photographie Charles Nègre en ligne ?

Le musée est présent sur Instagram via le compte @musee.photo.nice, où l’on peut suivre sa programmation et ses expositions. On y accède facilement depuis la Promenade des Anglais, en passant par le quai des États-Unis et le cours Saleya, jusqu’à la place Pierre Gautier dans le Vieux-Nice.

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