Jérôme Marcenac, directeur de la police municipale :  » les Niçois savent que nous sommes là pour eux » #25

Ancien commando des forces spéciales de l’armée de l’air devenu directeur de la police municipale de Nice, Jérôme Marcenac a fait de la sécurité le fil conducteur de sa vie. Nommé à la tête de la PM en décembre 2022 après un parcours de sélection de plusieurs mois, il décrit une police de proximité au service des Niçois, capable de gérer le quotidien comme les grands événements internationaux. Jean-Raphaël Drahi le reçoit pour ouvrir la troisième saison de Rendez-vous sur la Prom et évoquer son passé militaire, l’innovation technologique, l’empreinte des attentats sur ses équipes et sa vision d’une ville « à part ».

L’ancien commando des forces spéciales à la tête de la sécurité niçoise

Qui est Jérôme Marcenac ?

Jérôme Marcenac est le directeur de la police municipale de Nice, en poste depuis décembre 2022. Ancien commando parachutiste de l’armée de l’air passé par les forces spéciales, il a débuté sa carrière militaire en 1992 à l’École des sous-officiers de l’armée de l’air, dans les télécommunications, avant de rejoindre le CPA 30 puis le CPA 10, rattaché au commandement des opérations spéciales. Après une quinzaine d’opérations extérieures et un temps de commandement à la tête de l’escadron de protection de Saint-Dizier, il s’est réorienté vers la police nationale comme commissaire, avant de prendre la direction de la PM niçoise.

À la tête d’une police municipale qu’il décrit comme la plus nombreuse de France au regard de sa population, il défend une police de proximité, aimée des Niçois, tournée vers l’innovation et l’excellence.

Du commando parachutiste à la direction de la PM de Nice

Le parcours de Jérôme Marcenac commence le 22 septembre 1992, à l’École des sous-officiers de l’armée de l’air, dans les télécommunications. Mais à 17 ans, il n’a qu’une idée en tête : devenir commando. « C’était dans l’ADN, c’était l’aventure, c’était l’engagement. » Il franchit une à une les sélections, passe l’École militaire de l’air, se forme comme officier commando à l’école de Lescar, puis intègre le CPA 30, spécialisé dans le renfort à l’extérieur.

Vient ensuite le CPA 10, l’unité rattachée au commandement des opérations spéciales — « la crème de la crème des commandos parachutistes de l’air ». Il y raconte une arrivée marquante : un capitaine qui le toise dans un couloir et lui laisse deux minutes pour changer de chemise. Huit années durant, il enchaîne les opérations extérieures et les stages : contrôleur avancé, guidage d’avion, parachutisme.

Sur dix années dans les commandos, il compte quinze opérations extérieures, de trois semaines à six mois et demi. Un rythme qu’il compare à un TGV : à l’intérieur, le temps s’écoule normalement ; au dehors, la vie file à vitesse grand V.

Le choix de la famille, puis celui de Nice

C’est cette vie hors du temps qui pousse Jérôme Marcenac à changer de cap. Il raconte, avec émotion, ses fils qui grandissent loin de lui, l’un d’eux croyant longtemps que son père travaillait à la SNCF. Il évoque ces appels d’enfant auxquels il ne renonçait jamais, y compris juste avant un saut en parachute. Constatant qu’il ne passait qu’environ 90 jours par an en France, il décide de se rapprocher des siens et quitte les opérations spéciales.

Il devient commissaire de police, en poste place Beauvau à la direction centrale de la sécurité publique, puis à Lyon. Deux ans durant lesquels un chef d’état-major perçoit son ennui et lui propose de repasser des sélections d’unité spécialisée. Il refuse : ce qu’il veut désormais, c’est rentrer le vendredi et voir ses enfants grandir.

C’est un ancien des commandos, passé par la ville de Nice, qui lui parle de la police municipale niçoise. Intrigué, il prend contact, découvre un parcours de sélection long de quatre à six mois, descend deux ou trois jours sur le terrain pour observer les policiers municipaux. Ce qu’il voit lui donne envie : « Ils étaient toujours au service, ils étaient toujours là, ils étaient partout dans la ville. »

Une police municipale « qui sort du lot »

Pour Jérôme Marcenac, une police municipale, c’est avant tout « une police qui est au service des citoyens ». Présente sur tous les fronts, du chien qui aboie dans un appartement fermé au vol à main armée, du véhicule qui bloque un immeuble aux violences urbaines. La police de proximité qu’on appelait de ses vœux il y a quelques années, réalisée à Nice.

Il en souligne la singularité : selon lui la plus ancienne et la plus nombreuse de France rapportée à sa population, dotée de compétences très complètes — brigade équestre, brigade nautique, brigade vélo, ASVP, caméras et salle de commandement. Au moment de l’entretien, il annonce un effectif de 481 policiers municipaux, avec un objectif de 550.

Surtout, c’est une police qui expérimente et se remet en question en permanence. Il évoque des vélos électriques et des quads en essai sur la promenade des Anglais, une tablette tactile à améliorer pour intégrer une géolocalisation en temps réel des incidents, gage de rapidité. Nice, rappelle-t-il, fut précurseure sur la vidéosurveillance, un combat mené de longue date par la municipalité, aujourd’hui dotée de plus de 4200 caméras. Un ancrage local qu’il partage avec d’autres acteurs niçois, comme l’élu Magalie Altounian qui décrivait le rayonnement de la ville dans un autre épisode de Rendez-vous sur la Prom.

Sa prise de fonction et sa vision du management

Jérôme Marcenac revendique une prise de fonction sans cérémonie. Arrivé « comme monsieur tout le monde », sans carte, il a d’abord reçu et écouté tous ceux qui souhaitaient le voir, puis fait le tour de tous les postes pour dire à ses hommes : « Le chef sera avec vous, quoi qu’il se passe. » Pour lui, c’est l’humain qui fait fonctionner toutes ces machines, « on a beau avoir toute la technologie, s’il n’y a pas d’humain, ça ne fonctionne pas ».

À la police municipale de Nice, il retrouve d’anciens des commandos, mais tient à désamorcer une crainte lors de sa première réunion : « Je ne cherche pas des militaires, je ne cherche pas des policiers, je ne cherche pas des gendarmes, je cherche déjà des gens qui sont motivés » et au service des Niçois.

Il revient sur son premier échange avec Christian Estrosi, dans lequel il dit avoir vu non pas l’homme politique mais l’homme, ses valeurs, sa vision — un chef en qui il pouvait avoir confiance.

L’empreinte des attentats et le soutien aux équipes

Le passage le plus grave de l’entretien concerne les attentats de Nice. Pour Jérôme Marcenac, c’est un fil conducteur, une sensibilité toujours vive à son arrivée. « Ça marque une ville, ça marque profondément. » Il décrit des équipages qui, dès qu’un couteau était signalé, arrivaient en force, « parce que c’était ancré dans leur chair ».

Un gros travail a été mené à la police municipale : systématisation du briefing et du débriefing, mise en place d’une psychologue. Lui-même a repris « son bâton de pèlerin », ou plutôt ses tasses de café, pour aller au contact des équipes après chaque incident, débriefer, reconnaître leur engagement tout en les alertant : rassembler ses forces au même endroit, c’est créer des faiblesses ailleurs et parfois de la peur là où il n’y en a pas.

Il rend hommage aux anciens directeurs de la PM, à qui il dit devoir la construction de cette police, et se donne pour mission d’entretenir cette sensibilité sans qu’elle prenne le pas sur l’attention au quotidien.

Gérer l’enchaînement des grands événements

Depuis sa prise de fonction, les grands rendez-vous se succèdent : Coupe du monde de rugby, carnaval, Tour de France, Jeux Olympiques, triathlon. Loin d’y voir un déséquilibre, Jérôme Marcenac explique une organisation en deux temps : un bureau qui gère les événements, un autre qui tient le « journalier ». Sa première question face à chaque gros dispositif : que reste-t-il pour assurer le quotidien ?

La préparation, dit-il, ne se limite pas aux plans : il s’agit de préparer les hommes et leurs familles, plusieurs mois à l’avance, aux restrictions de congés estivaux. Il remercie systématiquement les proches des policiers. Sur le Tour de France, il dit avoir vu « une ville de Nice » plutôt qu’une seule police municipale, ses agents prêtant main-forte aux parcs et jardins, et inversement.

Il évoque déjà l’échéance de 2025 et un sommet réunissant quelque 200 délégations, préparé avec la préfecture, tout en rappelant que la ville doit continuer de vivre en parallèle.

Trois forces coordonnées et le projet de commissariat

Pour Jérôme Marcenac, la sécurité de Nice repose sur trois forces coordonnées : police municipale, police nationale et l’opération Sentinelle, très présente dans la ville. Sur les grands événements, la coordination se fait au plus haut niveau, sous l’autorité du préfet ; sur les imprévus — violences, matchs de football qui dérivent — chacun occupe son terrain, la police nationale selon ses prérogatives, la PM prenant « tout ce qui reste ». Résultat, dit-il : « pas de trous dans la raquette ».

Il présente un grand projet de commissariat regroupant police municipale et police nationale au même endroit, pour accélérer l’échange d’informations. Il insiste sur une vision de sécurité globale, qui ne se résume pas à la police : bornes escamotables du Vieux-Nice, gestion des transports, centre de supervision urbain réuni dans une même salle.

Nice, « une ville à part »

À la question de savoir si Nice est une ville à part, Jérôme Marcenac répond « totalement ». Il raconte son arrivée par la promenade des Anglais, un footing le soir, la surprise de voir des passants profiter librement de la ville à 21h ou 22h sans appréhension.

Venu de Lyon où il avait connu les manifestations des gilets jaunes, il décrit sa surprise face à des manifestations niçoises apaisées, marquées par un respect mutuel : « Vous êtes à Nice, monsieur. » Il évoque encore de petites scènes du quotidien — des jeunes qui cèdent leur place à une dame âgée dans le tramway — qui incarnent selon lui l’esprit de la ville.

Attaché à la relation entre les Niçois et « leur » police municipale, il termine par ses lieux favoris : la promenade des Anglais pour son footing, les restaurants de viande et les glaces. Nice, pour lui, tient en un mot : cosmopolite.

Au fil de l’épisode

  • 00:02:21 — Ouverture de la troisième saison, présentation de l’invité
  • 00:02:45 — Le championnat du monde féminin de triathlon et les week-ends chargés
  • 00:03:00 — Prise de poste en décembre 2022 et parcours de sélection
  • 00:04:07 — Son état d’esprit à l’annonce de sa nomination
  • 00:05:36 — Qu’est-ce qu’une police municipale ?
  • 00:06:13 — La police de proximité et l’histoire de la PM
  • 00:06:56 — Une police qui expérimente et sort du lot
  • 00:07:12 — Les brigades et compétences de la PM niçoise
  • 00:07:57 — Innovation et expérimentations technologiques
  • 00:08:38 — Les effectifs : 481 policiers, objectif 550
  • 00:09:03 — Ses débuts dans l’armée de l’air en 1992
  • 00:09:18 — L’appel du métier de commando
  • 00:11:10 — École militaire de l’air et formation officier commando
  • 00:11:32 — Du CPA 30 au CPA 10 des forces spéciales
  • 00:13:07 — L’arrivée marquante au CPA 10
  • 00:15:15 — Le passage vers la police nationale
  • 00:16:26 — Quinze opérations extérieures et 90 jours par an en France
  • 00:16:48 — Ses fils, la SNCF et le choix de la famille
  • 00:19:30 — Quitter les opérations spéciales
  • 00:20:37 — Commissaire de police et la nostalgie de l’adrénaline
  • 00:23:00 — Sa première rencontre avec Christian Estrosi
  • 00:24:07 — Les 4200 caméras et le combat de la vidéosurveillance
  • 00:25:08 — Sa prise de fonction sans cérémonie
  • 00:25:49 — Le management par l’humain
  • 00:26:25 — Le passé militaire des effectifs et le défilé du 14 juillet
  • 00:28:09 — « Je cherche des gens motivés »
  • 00:29:13 — L’empreinte des attentats de Nice
  • 00:29:55 — Briefing, débriefing et soutien psychologique
  • 00:31:13 — Le Tour de France et la sensibilité des équipes
  • 00:31:39 — Gérer l’enchaînement des événements sans déséquilibre
  • 00:33:26 — Préparer les hommes et leurs familles
  • 00:34:30 — Le Tour de France : « une ville de Nice » solidaire
  • 00:35:08 — Le sommet de 2025 et ses 200 délégations
  • 00:36:19 — La coordination police municipale, nationale et Sentinelle
  • 00:38:05 — Le projet de commissariat commun
  • 00:38:54 — Une sécurité globale : bornes, transports, supervision
  • 00:40:17 — La relation entre les Niçois et leur police municipale
  • 00:41:32 — Sa première impression sur Nice
  • 00:42:30 — Nice, « une ville à part »
  • 00:44:12 — Ses trois lieux favoris à Nice
  • 00:45:04 — Nice en un mot : cosmopolite
  • 00:45:04 — Sa suggestion d’invité

Références de l’épisode

  • Christian Estrosi, maire de Nice
  • Opération Sentinelle
  • CPA 30 — commandos parachutistes de l’air n°30
  • CPA 10 — forces spéciales, commandement des opérations spéciales
  • 1ᵉʳ RPIMa — premier régiment de parachutistes d’infanterie de marine
  • École des sous-officiers de l’armée de l’air
  • École militaire de l’air
  • Escadron de protection de Saint-Dizier
  • Direction centrale de la sécurité publique, place Beauvau
  • Promenade des Anglais
  • Vieux-Nice
  • Baie des Anges
  • Attentats de Nice
  • Tour de France
  • Jeux Olympiques
  • Coupe du monde de rugby
  • Carnaval de Nice
  • Championnat du monde féminin de triathlon
  • SNCF
  • Lyon
  • Paris

FAQ

Qui est Jérôme Marcenac ?

Jérôme Marcenac est le directeur de la police municipale de Nice depuis décembre 2022. Ancien commando parachutiste de l’armée de l’air, passé par les forces spéciales (CPA 30 puis CPA 10), il a mené une quinzaine d’opérations extérieures avant de rejoindre la police nationale comme commissaire, puis de prendre la tête de la PM niçoise.

Depuis quand Jérôme Marcenac dirige-t-il la police municipale de Nice ?

Jérôme Marcenac a pris ses fonctions en décembre 2022, après un parcours de sélection de quatre à six mois mené par la Ville de Nice, avec plusieurs entretiens jusqu’à Christian Estrosi. Il évoque une prise de poste sans cérémonie, préférant écouter ses équipes et faire le tour de tous les postes.

Quel est le parcours militaire de Jérôme Marcenac ?

Jérôme Marcenac a débuté dans l’armée de l’air en 1992, dans les télécommunications, avant de devenir officier commando. Il a servi au CPA 30 puis au CPA 10, unité des forces spéciales, pendant huit ans, avec une quinzaine d’opérations extérieures, puis commandé l’escadron de protection de Saint-Dizier.

Combien de policiers compte la police municipale de Nice ?

Au moment de l’enregistrement, Jérôme Marcenac annonce un effectif de 481 policiers municipaux, avec un objectif de 550. Il décrit une police aux compétences très complètes : brigade équestre, brigade nautique, brigade vélo, ASVP, caméras et salle de commandement, qu’il présente comme la plus nombreuse de France rapportée à sa population.

Comment la sécurité de Nice est-elle organisée lors des grands événements ?

Selon Jérôme Marcenac, la sécurité repose sur la coordination de trois forces : la police municipale, la police nationale et l’opération Sentinelle, sous l’autorité du préfet. Un projet de commissariat commun doit regrouper police municipale et nationale pour accélérer les échanges d’informations et garantir « pas de trous dans la raquette ».

Que pense Jérôme Marcenac de la ville de Nice ?

Jérôme Marcenac considère Nice comme « une ville à part », qu’il résume par le mot « cosmopolite ». Il évoque des manifestations apaisées, un respect mutuel, une population libre de profiter de la promenade des Anglais le soir, et une relation forte entre les Niçois et leur police municipale.

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