Rendez-vous sur la Prom avec Romain du cinéma Megarama de Nice Vauban #13
Directeur du Megarama de Nice Vauban, Romain Teyssier incarne une belle histoire de fidélité : vingt ans après un simple job d’été comme agent d’accueil au Megarama de Bordeaux, il dirige aujourd’hui l’un des cinémas les plus spectaculaires de la ville.
Dans ce cinéma emblématique du quartier Vauban en pleine transformation, Romain reçoit Julien Gérard pour raconter son parcours, les coulisses d’un multiplex de dix salles, la programmation, l’arrivée de l’IMAX et de la 4D, et son attachement à sa ville d’adoption — entre le Vieux-Nice et les soirées à l’Allianz Riviera où ce passionné de football ne manque pas un match.
Vingt ans de cinéma, du guichet à la direction du Megarama de Nice Vauban
Qui est Romain Teyssier ?
Romain Teyssier est le directeur du Megarama de Nice Vauban, un multiplex de dix salles installé dans un bâtiment à l’architecture spectaculaire, devenu un point central de ce quartier de l’est niçois en pleine mutation. Né à Paris et ayant passé l’essentiel de sa vie à Bordeaux, il a construit toute sa carrière au sein de l’enseigne Megarama. Tout commence par un job d’été comme agent d’accueil au Megarama de Bordeaux, autour de la fête du cinéma, à la fin des années 1990. Séduit, il reste, gravit un à un les échelons — agent, responsable, responsable communication et événementiel — jusqu’à décrocher son premier poste de directeur en arrivant à Nice pour l’ouverture du cinéma, fin 2021.
Vingt ans de fidélité à la même enseigne
Romain n’a pas suivi de parcours balisé. Après des études d’économie qu’il reconnaît volontiers avoir « survolées » — sans obtenir le bac —, c’est son ex-beau-frère qui l’entraîne travailler avec lui à Bordeaux pour la fête du cinéma. « On ne partait pas forcément pour travailler, mais surtout pour être ensemble », résume-t-il. L’expérience lui plaît, il revient après les vacances, décroche son premier CDI comme agent de cinéma à mi-temps.
Dix ans passent avant qu’un directeur lui fasse confiance et le nomme responsable — une rencontre qu’il décrit comme l’une des plus déterminantes de sa carrière. Il faudra encore près de dix ans pour devenir directeur. Son message est constant : ne pas se donner de délai, ne rien lâcher, croire en soi. « Il faut être prêt pour faire ce qu’on veut faire derrière, surtout à des postes aussi importants. »
Megarama, une grande enseigne discrète dans le Sud
Megarama est une enseigne française créée par Jean-Pierre Lemoine, figure reconnue du milieu du cinéma. Peu connue dans le Sud faute d’implantation — Romain situe le cinéma le plus proche du côté de Montpellier —, la marque compte une trentaine de multiplex et poursuit son développement : ouvertures prévues à Givors, près de Lyon, et à Boulogne-sur-Mer, présence en Espagne et au Maroc, où le groupe revendique les premiers grands multiplex du pays.
Bordeaux étant « bouché » en termes d’évolution, Romain guettait de nouveaux projets. Nice réunissait tout : une ville qui l’attirait et un site neuf à ouvrir de A à Z. « Quand vous partez de Bordeaux pour évoluer à Nice, il y a pire », glisse-t-il. Coïncidence heureuse, il retrouve dans le même bâtiment des Bordelais du V and B de Vauban, ce qui l’aide à se sentir moins seul dans sa nouvelle ville.
Un cinéma pour faire bouger le quartier Vauban
Romain arrive quand le multiplex n’est qu’un chantier — d’abord installé dans les Algeco du côté du bâtiment. Sa première impression face à l’édifice éclairé la nuit, orné de citations et de mots gravés, est un choc : « Je me disais : jamais ils ne vont me confier ce bâtiment-là, ils ne sont pas si fous. » Le projet, très long à mener comme souvent pour un cinéma, répondait à une volonté de la mairie et de Christian Estrosi d’implanter une salle dans ce secteur pour le dynamiser.
Le pari semble en bonne voie. Le cinéma amène de la vie et du monde, mais Romain insiste : une salle seule ne suffit pas, il faut de l’animation tout autour. Le quartier, encore en devenir, se transforme peu à peu, bien connecté par le tram et à seulement une dizaine de minutes à pied du bord de mer. Il note aussi une différence de fond avec Bordeaux : à Nice, on ne « consomme » pas le cinéma de la même façon, et il réapprend les habitudes de sa clientèle.
Le métier de directeur et l’art de la programmation
Diriger un cinéma, c’est gérer une équipe — cinq agents et une directrice adjointe —, l’accueil du public, l’administratif, mais aussi l’entretien permanent d’un bâtiment « qui commence à changer dès le premier jour ». Romain plaisante à peine en se disant « plombier, électricien, maçon » : aucune journée ne se ressemble.
La programmation, elle, est plus complexe que le public ne l’imagine. Ce n’est pas le directeur qui choisit les films mais un programmateur, et les distributeurs sélectionnent leurs cinémas selon le nombre de copies et une logique de rentabilité. Un directeur ne peut donc pas obtenir tous les films : Romain regrette d’ailleurs n’avoir pas eu le film primé de la Palme d’or, faute de choix tactique du distributeur. La durée d’exploitation dépend surtout des entrées, parfois au prix de crève-cœurs. Son conseil aux spectateurs : voir vite les plus petits films, dès la première semaine.
Une salle où tout se voit et s’entend
Amoureux du 7e art « à petites doses » depuis l’enfance — les films en noir et blanc de la télé, Gabin, Louis de Funès, L’Emmerdeur —, Romain défend une conviction simple, qu’il répète comme un mantra : « Allez voir tous les genres de films, faites-vous votre propre opinion, ne pas écouter les critiques. » Il visionne lui-même les films tôt le matin, seul dans la salle, pour tester ses équipements et vérifier l’image et le son.
Le multiplex mise sur la qualité technique : écrans laser et son Dolby dans toutes les salles, mêmes fauteuils confortables partout, sans supplément « premium ». Le cinéma dispose d’une salle IMAX, que Romain considère comme « le top du top » pour les films tournés dans ce format, et vient de recevoir la 4D Emotion du groupe, qu’il n’a pas encore testée mais dont sa fille lui a vanté les mérites.
Diversifier : concerts, théâtre et grands événements
Au-delà des sorties classiques et des avant-premières, Romain croit beaucoup aux retransmissions : concerts, pièces de la Comédie-Française, opéras et ballets diffusés en direct. « Ça ouvre à toutes les personnes qui ne peuvent pas y aller », souligne-t-il, citant le spectacle de Blanche Gardin, les concerts d’Indochine ou de Metallica. Il annonce une programmation à venir riche — un festival Molière, des concerts d’Orelsan, M, Polnareff — et une avant-première du nouveau film de Tarek Boudali, le 28 septembre, en présence de l’équipe.
Sur les plateformes, sa position est nuancée : elles peuvent coexister avec les salles tant que la chronologie des médias est respectée. Il regrette que certains réalisateurs se soient tournés vers le streaming plutôt que la salle, et défend l’expérience du grand écran : voir Avatar chez soi, dit-il, n’a « aucun intérêt ». Il évoque aussi la disparition du métier de projectionniste, remplacé par la programmation informatique, et se souvient avec émotion de l’époque des bobines 35 mm — « du sport » quand il fallait déplacer un film comme Le Seigneur des Anneaux.
Nice, une ville « éclectique »
Niçois d’adoption depuis bientôt deux ans, Romain reste attaché à ses racines — parisien de cœur, bordelais de vie —, mais défend désormais sa ville avec conviction. Il redécouvre le Vieux-Nice, le port, la Promenade des Anglais lors de ses marches, et fréquente assidûment l’Allianz Riviera, « un très beau stade », où ce passionné de football vient supporter l’OGC Nice.
Quand on lui demande de résumer Nice en un mot, il choisit « éclectique » : « Il y a tout dans cette ville, la mer, la montagne, le sport, la culture. Il n’y a pas une rue qui se ressemble. » Un mot qui, dit-il en clin d’œil, pourrait tout aussi bien qualifier le cinéma.
Au fil de l’épisode
- 00:01:39 — Ouverture de la saison 2 dans le Megarama Nice Vauban
- 00:03:00 — Le parcours de Romain, des études d’économie au job d’été
- 00:03:39 — Ses débuts d’agent d’accueil à Bordeaux pour la fête du cinéma
- 00:04:20 — Vingt ans de fidélité : agent, responsable, directeur
- 00:05:06 — Megarama, l’enseigne de Jean-Pierre Lemoine et son développement
- 00:06:11 — Pourquoi Nice : évolution bloquée à Bordeaux, un site neuf à ouvrir
- 00:07:49 — Les Bordelais du V and B dans le même bâtiment
- 00:08:15 — L’architecture spectaculaire du bâtiment
- 00:09:28 — La volonté de la mairie et d’Estrosi de dynamiser Vauban
- 00:09:47 — Première impression face au chantier, entre travaux et fierté
- 00:12:37 — Le rôle d’un directeur de cinéma au quotidien
- 00:14:03 — Le quartier en transformation et sa connexion au reste de Nice
- 00:18:03 — Consommer le cinéma différemment de Bordeaux à Nice
- 00:19:16 — Recrutement et jobs étudiants
- 00:22:02 — Être heureux au travail, une philosophie
- 00:23:21 — Son amour du cinéma né devant la télé de son enfance
- 00:25:37 — Comment fonctionne la programmation d’un cinéma
- 00:31:31 — Voir les films tôt le matin pour tester les équipements
- 00:34:03 — IMAX, 4D, salles premium : le point technique
- 00:38:32 — L’IMAX expliqué
- 00:42:02 — Avant-premières et programmations particulières
- 00:43:19 — Vieux films : Warner, Cinémathèque, sorties scolaires
- 00:47:09 — Conseiller un spectateur qui ne sait pas quoi voir
- 00:50:25 — Concerts et spectacles diffusés en salle
- 00:54:02 — Les plateformes et la chronologie des médias
- 01:00:25 — La disparition du métier de projectionniste
- 01:04:32 — La personnalité niçoise qui l’a marqué
- 01:06:19 — Questions cinéma : premiers films, films cultes
- 01:20:02 — Sa découverte de Nice et du Vieux-Nice
- 01:23:58 — L’Allianz Riviera et sa passion du football
- 01:24:54 — Nice en un mot : « éclectique »
- 01:27:11 — L’avant-première du 28 septembre et les projets à venir
Références de l’épisode
- Megarama Nice Vauban (cinéma, multiplex)
- Megarama Bordeaux (cinéma)
- Jean-Pierre Lemoine, fondateur de Megarama
- Givors, près de Lyon
- Boulogne-sur-Mer
- Christian Estrosi, maire de Nice
- Quartier Vauban, Nice
- Vieux-Nice
- Promenade des Anglais
- Port de Nice
- Allianz Riviera
- OGC Nice
- V and B Nice Vauban
- IMAX
- 4D Emotion (Harmonie Suprême)
- Cinémathèque
- Warner (100 ans)
- Pathé Live
- Avatar, James Cameron
- L’Emmerdeur, avec Lino Ventura et Jacques Brel
- Louis de Funès
- Coluche
- Jean Gabin
- Les Temps modernes, Charlie Chaplin
- Bambi
- Star Wars / Le Retour du Jedi
- Superman, avec Christopher Reeve
- La Cité de la peur, les Nuls
- Les Trois Frères, les Inconnus
- Dodgeball, avec Ben Stiller
- La Nuit au musée
- L’Ours, Jean-Jacques Annaud
- Un prophète, Jacques Audiard, avec Tahar Rahim
- Forrest Gump, avec Tom Hanks
- Hitch, avec Will Smith
- Equalizer 3, avec Denzel Washington
- Oppenheimer
- Bienvenue chez les Ch’tis
- Love Actually, avec Liam Neeson
- Gran Turismo
- Super Mario
- The Dark Knight
- Miraculous (avant-première)
- Pat’ Patrouille
- Mission Impossible
- Blanche Gardin (spectacle diffusé en salle)
- Indochine (concert)
- Metallica (live du Texas)
- Orelsan (concert)
- Comédie-Française
- Festival Molière
- Trois jours max, de et avec Tarek Boudali, avec Julien Arruti (avant-première du 28 septembre)
- Espagne, Maroc (implantations Megarama)
FAQ
Qui est Romain Teyssier ?
Romain Teyssier est le directeur du Megarama de Nice Vauban, un multiplex de dix salles. Né à Paris et ayant vécu l’essentiel de sa vie à Bordeaux, il a fait toute sa carrière au sein de l’enseigne Megarama : entré comme agent d’accueil pour un job d’été à Bordeaux, il est devenu directeur en arrivant à Nice pour l’ouverture du cinéma, fin 2021.
Où se trouve le Megarama de Nice dirigé par Romain Teyssier ?
Le Megarama se situe dans le quartier Vauban, à l’est de Nice, un secteur en pleine transformation. Le cinéma, à l’architecture spectaculaire, compte dix salles de 90 à 355 places. Il est desservi par le tram et se trouve à une dizaine de minutes à pied du bord de mer et de la place Garibaldi.
Qu’est-ce que l’enseigne Megarama ?
Megarama est une enseigne de cinéma française fondée par Jean-Pierre Lemoine. Elle compte une trentaine de multiplex et poursuit son développement avec des ouvertures prévues à Givors, près de Lyon, et à Boulogne-sur-Mer, ainsi qu’une présence en Espagne et au Maroc. Peu implantée dans le Sud, elle reste discrète dans la région niçoise.
Comment fonctionne la programmation d’un cinéma selon Romain Teyssier ?
Ce n’est pas le directeur mais un programmateur qui choisit les films, et les distributeurs sélectionnent leurs cinémas selon le nombre de copies et une logique de rentabilité. Un cinéma ne peut donc pas obtenir tous les films. La durée d’exploitation dépend surtout du nombre d’entrées. Le conseil de Romain : voir vite les petits films, dès la première semaine.
Quels événements propose le Megarama de Nice Vauban ?
Au-delà des sorties classiques et des avant-premières, le cinéma diffuse des retransmissions de concerts, de pièces de la Comédie-Française, d’opéras et de ballets. Romain Teyssier annonce une programmation riche à venir, dont un festival Molière et des concerts, ainsi que des animations lors des avant-premières familiales, comme celle de Miraculous.
Quel est le rapport de Romain Teyssier avec Nice ?
Niçois d’adoption depuis bientôt deux ans, Romain Teyssier redécouvre le Vieux-Nice, le port et la Promenade des Anglais lors de ses marches. Passionné de football, il fréquente assidûment l’Allianz Riviera pour supporter l’OGC Nice. Il résume la ville d’un mot : « éclectique », pour sa diversité entre mer, montagne, sport et culture.