Enola Colorado : la rayonnante artiste niçoise derrière Dolce Nola #24
Enola Colorado est une jeune artiste niçoise de 26 ans, fondatrice de la marque Dolce Nola, spécialisée dans les affiches et cartes postales inspirées de Nice et de la Côte d’Azur. Née à Nice, grandie à Paris, formée en économie et en russe en Angleterre puis passée par la tech dans de grands groupes américains, elle a tout quitté pour revenir poser ses valises face à la baie des Anges. Sur les marchés de la place Garibaldi et du cours Saleya, chez Uniqlo ou jusqu’à New York, elle raconte à Julien Gérard comment une rencontre autour de cadres a fait naître un univers coloré, entre entrepreneuriat et quête d’équilibre.
L’artiste derrière Dolce Nola, des affiches Côte d’Azur nées sur les marchés de Nice
Qui est Enola Colorado ?
Enola Colorado est une artiste et entrepreneuse niçoise de 26 ans, créatrice de la marque Dolce Nola (Dolce Nola Studio), spécialisée dans les affiches, cartes postales et objets de décoration inspirés de Nice et de la Côte d’Azur. Née à Nice mais ayant grandi majoritairement à Paris, elle a fait des études d’économie et de russe en Angleterre avant de travailler plusieurs années dans l’informatique et la cybersécurité (« l’IT ») pour un grand groupe américain, en tant que commerciale.
Elle se définit comme une artiste entrepreneure « à la croisée des deux mondes », dotée d’une fibre entrepreneuriale de longue date et d’un regard qui cherche toujours à remettre les choses en question. Sa marque, qu’elle gère seule, se distingue par des formes simples et colorées, un univers lumineux et moderne, et un fort ancrage sur la Côte d’Azur. Trilingue (français, anglais, russe), elle place la rencontre et l’échange avec ses clients au cœur de son métier.
De la tech américaine au retour aux racines niçoises
Le parcours d’Enola commence loin de l’art. Après des études exigeantes entre Paris et Londres, elle reste en Angleterre pour travailler dans la tech, un secteur où « on donne la chance aux jeunes » quand ils ont peu d’expérience. Elle y vend des infrastructures réseau — bornes Wi-Fi, firewalls — à des clients exigeants, un métier qui, dit-elle, lui a beaucoup appris « sur la psychologie humaine » et sur l’art de vendre.
Mais entre Paris et Londres, elle décrit vingt-cinq ans de vie « en noir et blanc », un gris permanent qui étouffe sa créativité. Le déclic vient avec le confinement. En télétravail intégral, soumise à des quotas et à un couvre-feu qui l’enferme, elle descend à Nice dès que les voyages redeviennent possibles et enchaîne les allers-retours : quinze jours à Nice, une semaine de rendez-vous pro concentrés à Paris.
Elle découvre alors « une autre vie », celle de pouvoir sortir au bord de la mer le soir. Quand son manager refuse d’officialiser cette organisation pour ne pas créer de précédent, elle décide de démissionner. « J’ai envie d’une autre vie, plus équilibrée. »
La naissance de Dolce Nola : d’un cadre à une marque
L’idée surgit d’une rencontre. Lors d’une soirée du 14 juillet à Paris en 2021, Enola discute avec quelqu’un qui a créé une entreprise de cadres fabriqués en France. Elle, qui rêve depuis toujours d’ouvrir une galerie et de devenir « chasseuse de nouveaux talents », se dit soudain qu’elle pourrait mettre quelque chose dans ces cadres.
Elle démissionne, se met à bidouiller sur son ordinateur — mots, couleurs, formes — et crée, un jour, chez son grand-père près de Toulouse, sa première affiche. Dans la foulée, une quinzaine suivent en quelques jours. « Je m’arrêtais plus. » N’ayant jamais dessiné de sa vie, elle invente au fur et à mesure un métier « fait pour elle ».
Le nom lui vient un matin : la contraction de son prénom, Enola, et de dolce vita. Il représente « la belle version ensoleillée » d’elle-même et le Sud. La première collection s’appelle d’ailleurs Dolce Vita. Elle choisit de lancer la marque à Nice plutôt qu’à Paris, jugeant qu’« un entrepreneur fauché au début » y a la chance de pouvoir aller à la plage et de vivre pour moins cher, mais surtout parce que la ville et la Côte d’Azur sont sa véritable source d’inspiration.
Poser ses valises face à la baie des Anges
Le retour à Nice, effectué en camion par la route, marque un tournant. « Pour la première fois de ma vie, je me suis dit : je pose mes valises. » Après avoir beaucoup voyagé et bougé « dans tous les sens », elle ressent enfin le sentiment d’être au bon endroit, par choix assumé et non par ce que dictent la famille ou l’école.
Ce sentiment culmine sur l’autoroute, quand après un virage la mer apparaît d’un coup. Nice, sa ville de naissance où une partie de sa famille est toujours restée, devient le socle de son projet.
Réseaux sociaux, collaborations et le tournant Uniqlo
Dès le départ, Enola mise tout sur les réseaux sociaux — Instagram avant même son site internet — pour bâtir une identité de marque et un « personal branding ». Elle partage les coulisses de son travail, apprend seule à monter ses vidéos (cinq à six heures au début pour trente secondes), et martèle un conseil : commencer le plus tôt possible, produire du contenu de qualité et être régulier.
Cette présence porte ses fruits. Elle décroche une collaboration avec Uniqlo pour décorer sa boutique ouverte dans le bâtiment Iconic, près de la gare de Nice, un univers coloré et simple qui « matche » le sien. « C’était un peu inespéré. » Être associée à une marque internationale résonne comme une reconnaissance, sans qu’elle y voie une arrivée définitive : « c’est aussi une étape ».
Elle collabore aussi avec la mairie de Nice, sélectionnée pour réaliser l’un des grands panneaux du carnaval de Nice, puis révèle en exclusivité avoir été retenue pour une affiche du Tour de France, dont l’arrivée se tient à Nice — « le troisième événement le plus médiatisé au monde ».
Les marchés : le cœur battant du métier
Une grande partie de son chiffre d’affaires se fait en direct, sur les marchés. Enola tient un stand au marché artisanal de la place Garibaldi, une fois par mois, et sur le cours Saleya tous les soirs de la saison, du 17 mai au 15 septembre — date de son anniversaire. Des journées et des nuits qui s’enchaînent : lever à 5 h pour le tirage au sort du marché du palais, montage, réassort du stock, packaging, flyers, commandes internet et boutiques.
Malgré la fatigue — « j’ai porté 50 kilos sur ma roulotte » —, c’est ce contact qui la nourrit. Trilingue, elle raconte l’histoire derrière chaque affiche, joue à deviner les capitales des États américains, et voit ses clients repartir avec le sourire. Elle chiffre sa clientèle à environ 20 % de locaux, 30 % de touristes français et le reste d’étrangers. Interrogée sur ce qu’elle ferait si Uniqlo lui offrait un contrat international, elle répond sans hésiter qu’elle n’arrêterait pas les marchés : « c’est ce qui me nourrit le plus ».
Le marché de Noël des Tuileries et l’expo à New York
Enola raconte une expérience marquante : cinquante et un jours d’affilée au marché de Noël des Tuileries à Paris, sept jours sur sept, de 11 h à minuit, seule, dans le froid. Une organisation stricte, un public parfois dur, où elle se découvre « du côté des invisibles ». Une remarque cinglante devant son affiche Joie de vivre la marque durablement, contrastant avec l’ambiance solaire de Nice.
Mais ce même marché lui offre une rencontre décisive : un couple d’Américains de New York, séduits par sa maîtrise de l’anglais. La femme, prénommée Alida, organise une exposition dans le Meatpacking District. Grâce à des billets échangeables, Enola s’y retrouve en février et expose son travail à New York. « Quand j’ai fait mon premier dollar, ça m’a fait quelque chose. » Une validation de son travail et la preuve, dit-elle, que « tout est possible quand on travaille dur ».
Équilibre, santé et vision de la réussite
Enola aborde ouvertement sa maladie auto-immune et l’importance vitale de trouver un équilibre. L’entrepreneuriat lui permet d’adapter son rythme à son corps, là où le salariat imposait un cadre rigide. « J’essaye vraiment d’atteindre cet équilibre en prenant en compte tous les aléas de ce qui se passe dans mon corps, dans ma tête. »
Elle refuse le mot « chance » — pour une entrepreneuse, il n’y a que des opportunités à saisir — et redéfinit la réussite : non pas le seul succès du business, mais une vie équilibrée, entourée d’amis fiables et, un jour, d’une famille. Cet équilibre, dans une thématique qu’a aussi abordée Caroline Rivière dans un épisode précédent, elle en fait le fil rouge de son parcours de femme entrepreneuse.
Aujourd’hui, elle privilégie la pérennisation du business avant de nouveaux développements : élargir les gammes, monter de belles collaborations, explorer le verre teinté qui la passionne. Et, peut-être, réaliser un jour son rêve de galerie pour exposer de nouveaux talents. Ses créations sont visibles sur les marchés, sur son site internet, chez Uniqlo et à la Maison de Nice, boutique officielle de la ville, au niveau -1 de Nice Étoile.
Au fil de l’épisode
- 00:03:29 — Qui est Enola Colorado, parcours et racines niçoises
- 00:04:57 — Études entre Paris et Londres, ouverture internationale
- 00:06:11 — Le lien gardé avec Nice et le citronnier du jardin
- 00:07:00 — La tech, la fibre créative et le rapport au salariat
- 00:10:14 — Le confinement, les allers-retours Nice-Paris et le déclic
- 00:12:07 — La démission et la rencontre autour des cadres
- 00:14:43 — La première affiche créée près de Toulouse
- 00:15:27 — Lancer Dolce Nola à Nice plutôt qu’à Paris
- 00:17:48 — L’origine du nom Dolce Nola et de la collection Dolce Vita
- 00:20:03 — Poser ses valises face à la baie des Anges
- 00:21:36 — La stratégie réseaux sociaux et Instagram
- 00:25:00 — Dolce Nola Studio : marque déco, affiches, cartes, cadres
- 00:27:42 — La collaboration Uniqlo au bâtiment Iconic
- 00:30:15 — Les marchés Garibaldi et cours Saleya, le contact public
- 00:35:00 — Les affiches du carnaval de Nice et du Tour de France
- 00:36:11 — Le profil de sa clientèle locale et internationale
- 00:37:59 — Le marché de Noël des Tuileries à Paris, 51 jours
- 00:43:21 — La rencontre qui mène à une exposition à New York
- 00:46:28 — Sa notion de réussite et le refus du mot chance
- 00:48:28 — Équilibre, maladie auto-immune et rythme biologique
- 00:50:10 — Être femme entrepreneuse et l’importance de s’entourer
- 00:52:59 — Nice, une ville faite pour l’entrepreneuriat
- 00:53:43 — Où trouver ses créations à Nice
- 00:56:15 — Nice en un mot et ses trois lieux préférés
Références de l’épisode
- Dolce Nola / Dolce Nola Studio, marque d’affiches et cartes postales
- Collection Dolce Vita
- Affiche Joie de vivre
- Uniqlo, bâtiment Iconic (près de la gare de Nice)
- Mairie de Nice
- Carnaval de Nice
- Tour de France
- Marché artisanal de la place Garibaldi
- Cours Saleya (marché du soir)
- Marché du palais
- Marché de Noël des Tuileries, Paris (famille Campion)
- Meatpacking District, New York
- Maison de Nice, boutique officielle, Nice Étoile
- Pôle Initiative
- Fleuriste Neige, cours Saleya
- Port de Nice
- Babel Babel, restaurant sur la Prom
- Peggy, La Gazette niçoise
- Caroline Rivière, La Daronne
- Cinéma Megarama Nice (lieu d’enregistrement)
- Podcast Génération Do It Yourself
- Promenade des Anglais / baie des Anges
FAQ
Qui est Enola Colorado ?
Enola Colorado est une artiste et entrepreneuse niçoise de 26 ans, créatrice de la marque Dolce Nola. Née à Nice, elle a grandi à Paris, étudié l’économie et le russe en Angleterre et travaillé dans la tech avant de tout quitter pour créer des affiches et cartes postales inspirées de Nice et de la Côte d’Azur.
Qu’est-ce que Dolce Nola ?
Dolce Nola (Dolce Nola Studio) est la marque de décoration créée par Enola Colorado : affiches, cartes postales et cadres inspirés de la Côte d’Azur. Le nom contracte son prénom et « dolce vita ». Son univers se distingue par des formes simples, des couleurs vives et une identité lumineuse, moderne et solaire.
Où trouver les créations d’Enola Colorado à Nice ?
On peut retrouver ses créations sur le marché artisanal de la place Garibaldi, sur le cours Saleya en saison (jusqu’au 15 septembre), chez Uniqlo dans le bâtiment Iconic, à la Maison de Nice, boutique officielle de la ville au niveau -1 de Nice Étoile, ainsi que sur son site internet.
Quelles collaborations Enola Colorado a-t-elle réalisées ?
Enola Colorado a décoré la boutique Uniqlo du bâtiment Iconic à Nice. Elle a aussi été sélectionnée par la mairie de Nice pour réaliser un grand panneau du carnaval de Nice, puis retenue pour une affiche du Tour de France, dont l’arrivée a lieu à Nice.
Pourquoi Enola Colorado a-t-elle choisi Nice pour lancer sa marque ?
Nice est sa ville de naissance et sa principale source d’inspiration : ses paysages ensoleillés et ses couleurs vives stimulent sa créativité, contrairement au gris de Paris et Londres. Elle juge aussi Nice plus propice à l’entrepreneuriat, ville à taille humaine où il est plus facile de sortir du lot.
Comment Enola Colorado concilie-t-elle entrepreneuriat et santé ?
Atteinte d’une maladie auto-immune, Enola Colorado a fait de l’équilibre le fil rouge de son parcours. L’entrepreneuriat lui permet d’adapter son rythme à son corps, là où le salariat imposait un cadre rigide. Pour elle, la vraie réussite n’est pas seulement le business, mais une vie équilibrée et bien entourée.