Charlotte Walhain-Vibert, de Paris à Nice à la quête de sens
Charlotte Walhain-Vibert est la fondatrice de La Parenthèse, centre de sport et de bien-être installé rue du Congrès, à Nice, en plein Carré d’Or. Après vingt ans dans la communication au sein de grands groupes du CAC 40 et un burn-out sévère, cette Parisienne a fait le pari de tout réinventer sur la Côte d’Azur. Dans cet épisode, elle raconte à Emmanuelle Mary la naissance de son lieu, son ouverture cinquante-six jours avant le Covid, sa capacité à rebondir et ce que signifie vraiment changer de vie — sans céder aux clichés. Un échange sincère sur l’entrepreneuriat, l’intuition et l’art de s’écouter.
La fondatrice du centre bien-être La Parenthèse, du burn-out parisien au Carré d’Or niçois
Qui est Charlotte Walhain-Vibert ?
Charlotte Walhain-Vibert est la fondatrice de La Parenthèse, un centre de sport et de bien-être situé rue du Congrès à Nice, à la périphérie du Carré d’Or. Elle a passé vingt ans dans les métiers de la communication, du journalisme à l’agence puis chez l’annonceur, jusqu’à devenir directrice de la communication d’un grand groupe de cosmétiques, en France, à New York et à l’international. Un burn-out sévère l’a poussée à se réinventer et à imaginer un lieu dédié au sport et au bien-être, conçu comme une prévention des états d’anxiété et d’épuisement qu’elle avait elle-même traversés.
Du burn-out à l’idée d’un lieu
L’histoire de La Parenthèse commence par une chute. Après vingt ans dans la communication de grands groupes, Charlotte Walhain-Vibert connaît un burn-out qu’elle décrit sans détour. « J’étais totalement en apnée, je ne respirais plus du tout », résume-t-elle. Sportive à l’excès — elle se qualifie elle-même de « warrior girl » qui pédalait à six heures du matin avec son BlackBerry pour tenir avant les comités de direction —, elle réalise que ce sport-là l’aidait « négativement ».
L’idée du lieu, elle la doit à une découverte parisienne : l’appartement de Simone, rue de Rivoli, un espace où l’on était accueilli « comme à la maison », avec tout sur place et beaucoup de bienveillance. Repéré vers 2018, gardé dans un coin de la tête, ce concept ressurgit au moment de sa reconversion. Elle veut créer un lieu où l’on prévient l’épuisement plutôt que de le subir, avec des activités qui, elle, lui ont fait du bien.
Pourquoi Nice plutôt que Bordeaux ou Aix
Charlotte Walhain-Vibert habitait alors à Colombes, en périphérie de Paris. Chaque trajet la faisait passer devant le logo de son ancienne entreprise, une image qui l’« asphyxiait ». Il fallait partir. Son mari étant lui aussi en transition professionnelle, le moment était propice pour tenter autre chose, en famille.
Elle hésite entre trois villes : Nice, Bordeaux et Aix. C’est l’ancrage qui tranche. Enfant, sa famille possédait un appartement à Roquebrune-Cap-Martin ; elle y allait depuis l’âge de deux ans, y a appris à nager, connaît « la lumière » et « les ondes » de la région. Elle y a même travaillé, pour le Festival de Cannes et sur le Grand Prix de Monaco. Nice devient son « élément d’ancrage » pour ce renouveau, sa « Madeleine de Proust ». Un point commun avec Emmanuelle Mary, qui a elle aussi appris à nager à Nice enfant, chez ses grands-parents. Cet attachement d’enfance, on le retrouve chez d’autres invités du Pari(s) de la Riviera, comme Marie Gamard, Parisienne devenue responsable communication du Château de Crémat.
Cinquante-six jours avant le Covid
La Parenthèse ouvre le 20 janvier 2020. Cinquante-six jours plus tard, le confinement ferme le lieu. « Vous travaillez trois, quatre, cinq mois sur l’ouverture de votre concept, et vous travaillez ensuite tout de suite sur sa fermeture », raconte-t-elle. Fragilisée par son burn-out récent, elle enchaîne un premier prêt professionnel puis un PGE : elle part lourdement endettée, sans les aides de l’État, la structure étant trop récente.
Sa réponse est l’agilité. Quarante-huit heures après la décision de fermeture, elle crée une chaîne YouTube — qu’elle ne savait pas utiliser — pour proposer gratuitement à ses « parenthésiens » leurs cours de Pilates, Burning Bar et TRX. Elle signe les autorisations de déplacement de ses coachs pour venir tourner. Au mois de mai, elle transforme une cour en patio extérieur pour rouvrir plus vite, les cours étant alors autorisés dehors.
Sa troisième trouvaille est décisive. Elle avait repéré que L’Usine, salle de sport parisienne, restait ouverte grâce aux prescriptions médicales. Elle appelle leur équipe, son avocat, et met en place le dispositif. Résultat : deux ou trois contrôles de police, l’agacement de certains confrères, mais surtout la survie. « J’ai été la seule salle à Nice ouverte entre octobre et mai-juin grâce aux prescriptions médicales. » C’est, selon elle, ce qui explique que La Parenthèse existe toujours.
Entrepreneuriat, intuition et test and learn
Charlotte Walhain-Vibert insiste sur un écart qu’elle a découvert à ses dépens : « L’esprit d’entreprise n’a rien à voir avec l’entreprenariat. » Elle a ouvert son lieu au moment où les médias vantaient ceux qui avaient « tout plaqué » avec succès. « Ce n’est pas si facile, croyez-moi. »
Elle assume ses traits : intuition, refus de l’immobilisme, horreur de la procrastination. « Je prends les décisions très vite », reconnaît-elle, au risque de se tromper — mais de savoir corriger. Sa plus grande difficulté n’a pas été niçoise mais entrepreneuriale : la solitude aux commandes. Son conseil aux futurs entrepreneurs : s’associer, pour le « ping-pong créatif » et le « fuel » qu’apporte un partenaire d’égal à égal.
Elle relève aussi un « key learning » propre à la région : à la différence de Paris, son plus gros concurrent n’est pas une autre salle mais l’extérieur — les cours de yoga en plein air, que le contexte post-Covid a fait exploser.
La Parenthèse, un lieu pensé comme un accueil
Le local, rue du Congrès, doit tout à une intuition. En bonne marketeuse, Charlotte Walhain-Vibert avait d’abord réuni un focus groupe de futures clientes, qui lui avaient désigné le Carré d’Or « en périphérie », calme, avec un parking à proximité, comme emplacement idéal. Arrivée à Nice, elle quadrille toute la ville à pied pendant cinq jours, entre dans les commerces, et tombe rue du Congrès sur une ancienne galerie de commissaire-priseur dont les occupants s’apprêtaient à partir. Six jours après son arrivée. « Quatre mètres sous plafond, des fenêtres de dingue, des moulures » : l’esprit appartement qu’elle cherchait.
Son architecte, Jessica Zatkine, de l’agence Building Ideas, elle la rencontre le lendemain de son arrivée, à un dîner à la Gare du Sud. « Coup de foudre amical. » Elle attribue volontiers ces enchaînements à ses grands-parents, ses « guides », qui ont bercé son enfance dans cette région.
Le lieu réunit un coffee shop, des cabines de soins avec esthéticiennes, des réformeurs, du Pilates, du yoga, du TRX et l’infraslim, encore peu répandu dans la région. Mais la signature, c’est la proximité : Charlotte connaît toutes ses « parenthésiennes » par leur prénom, accueille les enfants sur le grand canapé pendant les séances des jeunes mamans, cultive une atmosphère « easygoing », sans jugement. « On vient pour se ressourcer, on vient se faire du bien. »
Paris–Nice : ce qui change vraiment
Le premier écart, ce sont les embouteillages : « Nous n’avons pas Anne Hidalgo comme maire. » Habitant désormais sur les collines niçoises, elle met un quart d’heure pour rejoindre La Parenthèse, et longe la Promenade des Anglais le matin — « tout de suite, c’est un mood exceptionnel ».
Deux traits niçois l’étonnent encore. La perception des embouteillages, « anodins » pour une Parisienne, dramatisés localement. Et surtout : « La vie s’arrête à Nice quand il pleut. » Un post Instagram sur le sujet a fait réagir ses clientes, dont beaucoup de médecins « abreuvées d’annulations » les jours de pluie. Elle rappelle un épisode fondateur : le matin d’un rendez-vous professionnel, l’agence l’avait appelée pour savoir si on maintenait « parce qu’il pleut ». Un sujet qui a même fait l’objet d’un article dans Nice-Matin.
Sur l’immobilier, sa lecture est double. Pour La Parenthèse, ce fut un « coup de bol » — une location pure, tombée à point. Pour son logement personnel, en revanche, « la douche froide » : des biens qu’elle a trouvés mal entretenus, chers, surévalués. Son conseil aux futurs arrivants, qu’elle a appliqué elle-même : commencer par louer un meublé, explorer les quartiers, prendre le temps avant d’acheter. Un choix qu’Emmanuelle Mary rapproche de celui d’Audiane Plagiau, directrice de la communication de l’Opéra de Nice, reçue dans un précédent épisode.
Ne rien figer
Charlotte Walhain-Vibert se dit cancer, « extrêmement attachée à la famille », signe d’eau qui a besoin de la mer, de la chaleur douce et d’un livre pour se ressourcer. Mais elle refuse l’idée d’une installation définitive. La Parenthèse est à Nice aujourd’hui ; elle pourrait se développer ailleurs demain. « Je n’aime pas les choses figées. »
Elle mesure aussi une différence culturelle qui l’agace parfois : à Nice, l’offre étant moins dense, certains ont tendance à « piquer » les idées plutôt qu’à se challenger, quand Paris impose de se différencier. Fair-play, elle dit être allée se présenter à toutes les salles de la ville dès son arrivée. Son mot de la fin, à méditer : « Le soleil n’achète pas tout. »
Au fil de l’épisode
- 0:00:00 — Présentation de La Parenthèse et de son concept
- 0:01:57 — La création du centre et son ouverture en 2020
- 0:02:26 — Le burn-out et l’idée née de l’appartement de Simone
- 0:04:06 — Vouloir créer ailleurs qu’à Paris
- 0:05:54 — Nice, Bordeaux ou Aix : le choix de l’ancrage
- 0:06:53 — L’enfance à Roquebrune-Cap-Martin, la Madeleine de Proust
- 0:08:46 — Le concurrent invisible : l’extérieur
- 0:10:00 — Ouvrir cinquante-six jours avant le Covid
- 0:11:33 — Un métier qui n’était pas le sien : l’entrepreneuriat
- 0:13:18 — S’adapter : cours en ligne et patio extérieur
- 0:14:50 — Les prescriptions médicales, seule chance de survie
- 0:17:04 — Rebondir, réajuster, la résilience
- 0:18:19 — L’intuition, la rapidité et ses limites
- 0:19:36 — Le conseil de s’associer
- 0:20:48 — Ses métiers dans la communication et les cosmétiques
- 0:22:03 — Le sport pour tenir : reconnaître la fragilité
- 0:25:06 — Un lieu où tout est sur place, avec bienveillance
- 0:26:37 — Les premiers souvenirs d’enfance dans la région
- 0:28:00 — Signes d’eau, famille et ressourcement
- 0:29:33 — Ne rien figer : et si La Parenthèse partait ailleurs ?
- 0:30:48 — La reconversion réussie de son mari
- 0:32:25 — Le focus groupe et le local rue du Congrès
- 0:34:00 — Le coup de bol du local, l’esprit appartement
- 0:35:47 — L’immobilier personnel, la douche froide
- 0:38:15 — Louer un meublé avant d’acheter
- 0:39:08 — L’accueil, la sororité et les hommes à La Parenthèse
- 0:41:36 — Constituer son équipe, le fair-play entre acteurs
- 0:46:03 — Paris versus Nice : embouteillages et pluie
- 0:49:41 — Les routines et le rythme d’entrepreneuse
- 0:51:29 — « Le soleil n’achète pas tout »
Références de l’épisode
- La Parenthèse, centre de sport et bien-être, rue du Congrès, Nice
- L’appartement de Simone, rue de Rivoli, Paris
- Chez Simone, Paris
- L’Usine, salle de sport, Paris
- New Wake (morning routines)
- Building Ideas, agence d’architecture (Jessica Zatkine, architecte)
- Festival de Cannes
- Grand Prix de Monaco
- Nice-Matin
- Marie-Laure Havier (associée de l’agence Reprazent)
- Audiane Plagiau, directrice de la communication de l’Opéra de Nice
- Opéra de Nice
- Anne Hidalgo, maire de Paris
- Roquebrune-Cap-Martin
- Colombes
- Carré d’Or, Nice
- Promenade des Anglais
- Gare du Sud, Nice
FAQ
Qui est Charlotte Walhain-Vibert ?
Charlotte Walhain-Vibert est la fondatrice de La Parenthèse, centre de sport et de bien-être installé rue du Congrès à Nice. Ancienne directrice de la communication d’un grand groupe de cosmétiques après vingt ans dans le secteur, elle a quitté Paris à la suite d’un burn-out pour créer ce lieu dédié au sport et au bien-être sur la Côte d’Azur.
Pourquoi Charlotte Walhain-Vibert a-t-elle quitté Paris ?
Un burn-out sévère, après vingt ans dans la communication de grands groupes, l’a poussée à se réinventer. Habitant Colombes, elle passait chaque jour devant le logo de son ancienne entreprise, une image qui l’asphyxiait. Son mari étant aussi en transition, elle a choisi de recommencer ailleurs, en famille, et de créer un lieu dédié au bien-être.
Qu’est-ce que La Parenthèse à Nice ?
La Parenthèse est un centre de sport et de bien-être situé rue du Congrès, à la périphérie du Carré d’Or à Nice. Ouvert en janvier 2020, il réunit un coffee shop, des cabines de soins, des réformeurs et des activités comme le Pilates, le yoga, le TRX et l’infraslim. Sa signature : la bienveillance et la proximité avec les adhérents.
Pourquoi Charlotte Walhain-Vibert a-t-elle choisi Nice ?
Elle hésitait entre Nice, Bordeaux et Aix. Nice l’a emporté grâce à son ancrage d’enfance : sa famille possédait un appartement à Roquebrune-Cap-Martin, elle y allait depuis l’âge de deux ans et y a appris à nager. Cette région était sa « Madeleine de Proust », un point d’ancrage familier pour se reconstruire.
Comment La Parenthèse a-t-elle survécu au Covid ?
Ouvert cinquante-six jours avant le confinement, le centre a dû s’adapter très vite : cours en ligne gratuits sur YouTube, transformation d’une cour en patio extérieur, puis mise en place de séances sur prescription médicale. Ce dernier dispositif a fait de La Parenthèse la seule salle de Nice ouverte entre octobre et mai-juin, ce qui a permis sa survie.
Où se trouve La Parenthèse ?
La Parenthèse se situe rue du Congrès à Nice, en périphérie du Carré d’Or, à proximité de la Promenade des Anglais et d’un parking. L’emplacement, calme mais central, avait été suggéré par un focus groupe de futures clientes réuni par Charlotte Walhain-Vibert avant même la création du lieu.