Sylvie Gillibert-Ulrich, directrice du campus ISCOM Nice, invitée du Pari(s) de la Riviera

Sylvie Gillibert : le goût de transmission de Paris à Nice

Sylvie Gillibert-Ulrich dirige le campus niçois de l’ISCOM, l’école de communication qu’elle a implantée à Nice après une longue carrière parisienne. Ingénieure agronome devenue communicante chez Publicis, puis directrice de l’innovation et du développement à l’ISCOM Paris, elle a relevé le défi d’installer une marque nationale dans l’écosystème azuréen. Au micro d’Emmanuelle Mary, elle parle transmission, pédagogie et innovation, de la méthode du design thinking à l’ouverture internationale d’une école ancrée sur la Côte d’Azur. Un échange sur la confiance, le temps retrouvé et la conviction qu’on peut mener une carrière ambitieuse sous le soleil de la Riviera.

Diriger l’ISCOM Nice et transmettre la communication sur la Côte d’Azur

Qui est Sylvie Gillibert-Ulrich ?

Sylvie Gillibert-Ulrich est la directrice du campus niçois de l’ISCOM, école de communication qu’elle a lancée sur la Côte d’Azur il y a environ trois ans. Son parcours n’a rien de linéaire : ingénieure agronome de formation, elle découvre la communication passé vingt ans, ce qu’elle décrit comme une véritable « révélation ». Elle fait ensuite ses armes chez Publicis, sur des budgets internationaux, avant de basculer vers l’enseignement. Après une quinzaine d’années à donner des cours puis à concevoir des programmes, elle rejoint la direction du développement et de l’innovation de l’ISCOM à Paris. Quand l’opportunité de piloter l’ouverture du campus de Nice se présente, elle saisit ce double challenge : mettre en pratique ce qu’elle avait conçu, et découvrir une région qu’elle connaissait « de très loin ».

D’ingénieure agro à communicante : une reconversion en forme de révélation

Sylvie Gillibert-Ulrich se présente volontiers comme « le vilain petit canard » : sa formation d’ingénieure agronome n’avait a priori rien à voir avec la communication. C’est sur le tard qu’elle découvre ce monde, et le choc est décisif. « Deux plus deux, ça ne fait pas forcément quatre », résume-t-elle pour dire l’ouverture d’esprit qu’elle y trouve.

Elle rejoint Publicis, où elle gère rapidement de gros budgets, notamment internationaux. Une expérience qu’elle qualifie de « super école ». Convaincue que la meilleure façon de comprendre la communication est de l’enseigner — elle qui n’avait pas fait d’études dans le domaine et s’est formée par les livres — elle donne d’abord des cours en parallèle de son activité en agence.

L’arrivée de ses trois fils rend la double vie difficile à tenir. Un soir, rentrant d’un déplacement à Venise, elle voit ses enfants dîner sous l’œil d’une nounou rivée à son téléphone. Le déclic est immédiat : elle bascule vers l’enseignement à plein temps et n’y fera plus que cela pendant une quinzaine d’années.

De l’enseignement à la conception pédagogique

Le passage de l’enseignement à la conception de programmes se fait au fil des opportunités. Une directrice d’école lui demande un jour de monter un cours sur la RSE : ce sera, selon elle, l’un des premiers dispensés dans une école de communication. De fil en aiguille, on lui confie la conception de programmes puis la direction des cursus, jusqu’à la direction du développement et de l’innovation de l’ISCOM.

Sa curiosité l’amène à s’appuyer sur des champs variés : sciences cognitives, neurosciences, école de Palo Alto et sa lecture des messages dans leur contexte. Pour elle, tout nourrit la communication, parce que la communication est avant tout de l’humain : « ce sont des humains qui parlent à des humains ». Une conviction qu’elle partage avec Emmanuelle Mary et qui a rapproché l’école de l’agence.

C’est aussi la découverte du design et du design thinking qui marque sa réflexion : partir des besoins réels des individus plutôt que d’innover pour innover. Une méthode et un état d’esprit qu’elle s’attache à transmettre aux étudiants, en les invitant à tester, se remettre en cause et avancer par petites étapes.

Installer une marque nationale dans l’écosystème niçois

L’ISCOM existe depuis quarante ans. Historiquement parisienne, la marque s’est développée sur de grandes villes comme Lille et Lyon, avant de choisir, il y a quatre ans, de s’implanter à Bordeaux et à Nice. L’enjeu, pour Sylvie Gillibert-Ulrich, était d’adapter une culture nationale à un écosystème local sans arrogance : « il n’y a pas à être prétentieux de dire on est parisien, on vient à Nice, on sait mieux ».

Le choix de Nice répond à une dynamique réelle : elle cite Hervé Lamberti, directeur général de Team Côte d’Azur, sur la forte croissance du nombre d’étudiants dans la zone. Cette lecture rejoint celle de Hervé Laubertie, directeur général de Team Nice Côte d’Azur, qui plaidait dans un autre épisode du Pari(s) de la Riviera pour faire de Nice une ville où entreprendre. École professionnalisante, l’ISCOM tenait à s’assurer de débouchés : c’est le dynamisme économique et institutionnel local qui a encouragé l’ouverture du campus.

Trois ans plus tard, le campus s’apprête à accueillir environ 270 étudiants à la rentrée, avec une petite équipe qu’elle décrit « comme une start-up ». Elle a réorganisé le fonctionnement pour décloisonner pédagogie et relations entreprises, deux dimensions qu’elle juge indissociables dans la culture de l’école. Le développement d’une équipe pédagogique locale, ancrée dans la culture régionale, a été l’une de ses priorités.

L’international comme signature du campus niçois

Dès son arrivée, Sylvie Gillibert-Ulrich a voulu développer l’international, qu’elle juge naturel à Nice : troisième aéroport français, forte mobilité, présence de touristes comme de Niçois installés dans le monde entier. Elle mise sur une spécialisation en communication internationale et organise des Summer Schools qui attirent des étudiants venus de Norvège, des Pays-Bas, des États-Unis, d’Amérique latine ou de Pologne.

Ces programmes s’appuient sur les secteurs phares de la région — yachting, parfums, grands hôtels, gastronomie, tourisme. « Rien que le mot French Riviera, c’est des vibrations positives et attractives pour le monde entier », observe-t-elle. Elle évoque aussi la puissance des grands événements locaux, du Festival de Cannes à l’Ironman, et le rôle de leviers de notoriété comme les séries tournées dans la région.

Faire croire les jeunes en leur avenir sur la Riviera

L’un de ses sujets de préoccupation touche les jeunes de la région, qu’elle sent parfois retenus, persuadés que réussir une carrière ambitieuse suppose de monter à Paris. Elle s’attache à leur montrer le contraire : la Côte d’Azur compte de grandes entreprises, de belles agences, plus de 350 métiers en communication, et n’a plus rien de l’isolement d’autrefois. « Ce n’est pas parce qu’on choisit de faire sa carrière à Nice qu’on s’isole du reste de la communication. »

Elle voit dans la région des atouts que Paris ne offre pas toujours : des relations plus directes, une agilité, une capacité à identifier vite les bons interlocuteurs. « Paris, c’est une fourmilière ; ici, c’est une fourmilière à ciel ouvert », image-t-elle, pour dire combien projets et communautés y émergent plus facilement.

Un campus ancré dans son territoire

Sylvie Gillibert-Ulrich insiste sur l’insertion de l’ISCOM Nice dans l’écosystème local, via un conseil scientifique par campus réunissant des acteurs professionnels. Elle travaille avec Caroline Grasso, qui coordonne les campus de Paris, Nice et Bordeaux, dans une logique où la marque garde son identité tout en répondant aux attentes régionales.

Elle égrène ses partenariats : Sophia Boost porté par l’agence Sheek Biz, la French Tech Côte d’Azur, Initiative Côte d’Azur, le collectif Energie, le club Mer et Montagne pour le développement durable, le Centre Europe Direct pour l’international. Le campus collabore aussi avec l’agence Reprazent d’Emmanuelle Mary, notamment autour de l’initiative Tribute to Riviera, présentée aux étudiants comme cas d’école.

De ces expériences est né un projet dont elle est particulièrement fière : après la participation d’étudiants au Carnaval de Nice, où ils ont assuré l’audiodescription du Corso pour une tribune de personnes non-voyantes et malvoyantes, une association, Univers, a vu le jour, portée par un étudiant, pour audio-transcrire des événements et rendre la culture accessible.

Le temps retrouvé et l’art de vivre azuréen

Après plusieurs décennies en région parisienne, Sylvie Gillibert-Ulrich a d’abord observé la région pendant trois mois, installée près du campus, avant de choisir de vivre en bas de Cimiez, au cœur de Nice. Ce qui l’a d’abord marquée, ce sont les paysages : la mer, l’arrière-pays, la neige sur les montagnes qu’elle contemplait chaque matin en prenant la route de la mer depuis Biot.

Ce qu’elle retient surtout, c’est le temps retrouvé et une forme de liberté : la possibilité de décider au dernier moment d’aller voir une exposition, une pièce de théâtre, de faire une balade. Son sport préféré reste le tour du Cap d’Antibes, son « moment de ressource ». Elle attend la réouverture du MAMAC et cite la Chèvre d’Or ou la fête du pain d’un village de l’arrière-pays parmi ses souvenirs marquants — autant de signes d’une vie qu’elle juge « plus libre qu’à Paris ».

Au fil de l’épisode

  • 00:00:35 — La confiance dans le recrutement d’alternants et de stagiaires
  • 00:02:53 — Une marque nationale de quarante ans qui s’implante à Nice
  • 00:04:58 — La dynamique étudiante de la région et le choix d’implantation
  • 00:07:24 — En finir avec le cliché de la région « pour les vieux »
  • 00:09:07 — Premiers souvenirs de la Riviera : la mer, la montagne, la neige
  • 00:10:54 — Plusieurs décennies parisiennes et l’appel de plus de sérénité
  • 00:12:29 — Ses racines et l’enfance loin de Paris
  • 00:14:04 — Le choix de vivre en bas de Cimiez
  • 00:14:49 — D’ingénieure agro à communicante : la révélation Publicis
  • 00:16:51 — Apprendre la communication en l’enseignant
  • 00:17:14 — Trois fils et le basculement vers l’enseignement
  • 00:18:19 — Le premier cours de RSE et la conception pédagogique
  • 00:23:27 — Innovation, veille et curiosité au cœur des programmes
  • 00:24:50 — La découverte du design thinking
  • 00:27:13 — Lancer la première promotion de l’ISCOM Nice
  • 00:30:09 — Une petite équipe organisée comme une start-up
  • 00:33:44 — Conseil scientifique et travail avec Caroline Grasso
  • 00:34:12 — Développer l’international et les Summer Schools
  • 00:36:12 — Les séries et le rayonnement international de Nice
  • 00:39:30 — Le momentum : « vous avez cru en moi »
  • 00:40:33 — Convaincre les jeunes de croire en leur avenir dans la région
  • 00:45:01 — Différences de méthode et d’agilité entre Paris et Nice
  • 00:47:59 — Les partenariats locaux du campus
  • 00:52:16 — Carnaval de Nice, audiodescription et l’association Univers
  • 00:54:06 — Le temps retrouvé et l’art de vivre azuréen
  • 00:57:19 — MAMAC, la Chèvre d’Or et la fête du pain

Références de l’épisode

  • ISCOM, école de communication
  • Publicis
  • DDB
  • Reprazent, agence de communication
  • Tribute to Riviera, initiative de Reprazent
  • Maurice Lévy
  • Génération DIY (podcast)
  • École de Palo Alto
  • Méthode du design thinking
  • Hervé Laubertie, directeur général de Team Nice Côte d’Azur
  • Caroline Grasso, coordination des campus Paris-Nice-Bordeaux de l’ISCOM
  • Sophia Boost, événements portés par l’agence Sheek Biz
  • French Tech Côte d’Azur
  • Initiative Côte d’Azur
  • Collectif Energie
  • Club Mer et Montagne
  • Centre Europe Direct
  • Association Univers (audiodescription d’événements)
  • Carnaval de Nice
  • Festival de Cannes
  • Ironman
  • Série Offline (tournage à Nice)
  • The White Lotus (tournage évoqué à Saint-Jean-Cap-Ferrat)
  • MAMAC, Nice
  • La Chèvre d’Or
  • Cimiez, Nice
  • Cap d’Antibes
  • Biot
  • Monaco
  • Aéroport de Nice

FAQ

Qui est Sylvie Gillibert-Ulrich ?

Sylvie Gillibert-Ulrich est la directrice du campus niçois de l’ISCOM, école de communication. Ingénieure agronome de formation, elle a découvert la communication après vingt ans, travaillé chez Publicis sur des budgets internationaux, puis s’est tournée vers l’enseignement avant de rejoindre la direction du développement et de l’innovation de l’ISCOM à Paris, puis de lancer le campus de Nice.

Pourquoi l’ISCOM s’est-il implanté à Nice ?

Marque nationale de quarante ans, l’ISCOM cherchait à compléter son maillage territorial. La forte dynamique étudiante de la région, son écosystème économique et institutionnel actif et la perspective de débouchés pour ses étudiants ont motivé l’ouverture du campus niçois il y a environ trois ans, aux côtés d’une implantation à Bordeaux.

Qu’est-ce qui a poussé Sylvie Gillibert-Ulrich à quitter Paris pour Nice ?

Elle a saisi l’opportunité de lancer le campus niçois de l’ISCOM, un double défi professionnel et personnel. Après plusieurs décennies en région parisienne, elle recherchait aussi un cadre plus serein et épanouissant. Elle évoque le temps retrouvé et une vie « plus libre qu’à Paris », entre mer et montagne.

Quelle est l’approche pédagogique défendue par Sylvie Gillibert-Ulrich ?

Elle met la curiosité, l’ouverture et l’innovation au cœur de la formation. Elle s’appuie notamment sur le design thinking, qui part des besoins réels des individus, et sur des champs variés comme les sciences cognitives. Pour elle, la communication est avant tout de l’humain : « ce sont des humains qui parlent à des humains ».

Où se situe le campus ISCOM à Nice et combien compte-t-il d’étudiants ?

Le campus niçois de l’ISCOM fonctionne comme une petite structure, avec une équipe réduite. Il s’apprête à accueillir environ 270 étudiants à la rentrée évoquée dans l’épisode, avec la perspective d’un nouveau campus pour asseoir sa position à Nice.

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