Alexis Touzé, de l’amour et des chiffres de Paris à Nice
Alexis Touzé est directeur financier indépendant, spécialiste de la transmission d’entreprises, installé sur la Côte d’Azur depuis vingt-cinq ans. Trésorier de Réseau Entreprendre Côte d’Azur, il accompagne les jeunes créateurs avec une exigence toujours doublée de bienveillance. Dans cet épisode du Pari(s) de la Riviera, il raconte à Emmanuelle Mary un départ de Paris sur un coup de cœur — l’amour comme moteur, l’ennui comme déclencheur — et ce que signifie s’ancrer durablement dans une région où tout repose sur la confiance et les rencontres. Un témoignage lucide sur l’entrepreneuriat et la vie qui va avec, entre Nice et la capitale.
Directeur financier et transmission d’entreprises, du pari niçois à Réseau Entreprendre Côte d’Azur
Qui est Alexis Touzé ?
Alexis Touzé est directeur financier indépendant, spécialiste de la transmission d’entreprises, installé à Nice depuis vingt-cinq ans. Il a commencé sa carrière dans l’expertise comptable et les cabinets d’audit, avant d’exercer comme directeur financier salarié, puis de s’installer il y a une quinzaine d’années en directeur financier externalisé. Son activité s’est peu à peu recentrée sur l’achat-vente de sociétés — ce qu’il appelle la transmission d’entreprise. Il intervient dans de nombreux secteurs, avec une prédilection pour la santé et le médico-social, où il a fait ses premières armes. Il est par ailleurs trésorier de Réseau Entreprendre Côte d’Azur, où il accompagne des créateurs.
Un départ de Paris sur un coup de tête
Il y a vingt-cinq ans, Alexis Touzé quitte Paris à trente ans, sur ce qu’il décrit lui-même comme un coup de tête complet. Sa femme est alors enceinte. « On me dit tu peux pas l’élever dans le sud », se souvient-il, avant d’ajouter que la durée de réflexion aura été « de l’ordre de la nanoseconde ».
Deux forces poussent au départ : une traction positive, l’amour, et une traction négative, le sentiment d’avoir fait le tour de quelque chose à Paris, doublé de « ce goût de la poussière ». Rien de professionnel dans ce choix. Ses deux enfants naîtront à Nice, en 2002 et 2004. Un quart de siècle plus tard, il parle d’une véritable tranche de vie, presque d’une génération.
Un métier de passeur, entre chiffres et confiance
Le fil conducteur de sa carrière, dit-il sans détour, c’est l’ennui : « Je me suis toujours ennuyé au travail. » C’est aussi son épouse, exerçant en profession libérale, qui l’a poussé à franchir le cap de l’indépendance, avec cette phrase qui l’a décidé : « Si ça ne marche pas, je serai toujours là. »
Son savoir-faire tient à une chose apprise au début et jamais oubliée : lire les bilans, les projeter, les monter, les démonter. Aujourd’hui, il se définit surtout comme « un intermédiaire, un passeur d’histoire, et financier et humain ». Un métier où la discrétion prime : pas de carte de visite, pas de démarche commerciale, uniquement le bouche-à-oreille. La lumière ne revient jamais à lui, et cela lui convient parfaitement. Il évoque aussi l’usure d’une matière parfois répétitive, qu’il compense par la richesse des rencontres.
S’ancrer sur un territoire où tout repose sur la confiance
Le grand contraste avec Paris, pour Alexis Touzé, tient à l’anonymat perdu. À Nice, il faut se faire connaître, être reconnu, quasiment « connaître la famille, où ils habitent ». Ce qui est plus engageant, mais aussi plus vrai : « On ne peut pas se cacher derrière soi-même. » Il défend l’idée que sur ce territoire, il faut se donner sans masque, faute de quoi rien ne se construit. Ce qui a de la valeur y reste caché, dit-il, précisément parce qu’on ne veut pas se le faire prendre.
Il note aussi qu’il a appris à mettre de côté certaines opinions personnelles, politiques ou religieuses, là où Paris autorise une parole plus fluide. Les affaires se nouent par groupes affinitaires, par réseaux qui se reconnaissent entre eux. Mais il refuse toute caricature : la ville de Nice, ses espaces verts, son tramway, sa qualité de vie sont pour lui une réalité tangible, portée par des gens et des femmes qui « font ça derrière ». À la question de savoir s’il a fait le bon choix, la réponse fuse, non intellectualisée : « Je suis à ma place. »
Réseau Entreprendre et l’accompagnement des créateurs
Homme de réseaux depuis toujours, Alexis Touzé a d’abord donné des cours à l’EDHEC, fréquenté la DFCG — l’association des directeurs financiers et contrôleurs de gestion — et animé pendant plusieurs années le réseau des anciens de son école, Dauphine, dont il regrette qu’il « ne s’exporte pas beaucoup en dehors de Paris ». Réseau Entreprendre Côte d’Azur est venu plus tard, une fois réunis les critères et l’expérience de chef d’entreprise.
Il y est entré timidement avant de s’investir dans l’accompagnement de jeunes créateurs — un engagement fort, puisque le réseau prête des sommes qui peuvent atteindre 100 000 euros, avec banquiers et commissaire aux comptes derrière. Son implication l’a mené au conseil d’administration, puis à la trésorerie. Il évoque une belle dynamique et un territoire « fabuleux » pour la création, riche en infrastructures d’accompagnement, même s’il concède que les campus, les centres de recherche et les réseaux de détection restent plus développés dans la capitale. La même exigence entrepreneuriale et l’attractivité économique de la région animent aussi Hervé Laubertie, directeur général de Team Nice Côte d’Azur, invité d’un autre épisode du Pari(s) de la Riviera.
Le Booster Camp, un hackathon pour les créateurs
Parmi les initiatives du réseau, Alexis Touzé revient sur le Booster Camp organisé les 15 et 16 septembre : deux jours en mode sprint, une sorte de « décathlon » où des professionnels aident les porteurs de projet à avancer. Un dispositif bienveillant mais qui va chercher la contradiction, le point aveugle, la vérité derrière chaque question.
Il raconte y avoir vu, l’an dernier, une amie ancienne parisienne et camarade de prépa jouer le rôle de « booster » face à une jeune entreprise, avec un niveau d’exigence qui l’a lui-même bluffé. « Il y a toujours une vérité derrière une question », résume-t-il, en insistant sur l’idée qu’il faut savoir se servir même des questions maladroites pour aller plus loin.
Culture, qualité de vie et lucidité sur la région
Ancien Parisien assumant un certain « côté hautain », Alexis Touzé refuse pourtant l’idée d’une région à la culture appauvrie. Amateur de musique classique et contemporaine — Stravinsky, Berg, György Ligeti —, il reconnaît que Paris reste imbattable sur ce segment précis, mais rappelle la richesse de l’offre entre Nice, Antibes, Cannes et Monaco, aux programmations audacieuses de concerts, ballets et théâtres. Il renvoie d’ailleurs à l’épisode consacré à Audiane Plagiau, directrice de la communication de l’Opéra de Nice.
Sur le fond, sa lucidité l’emporte : la Côte d’Azur est pour lui un territoire « privilégié, béni des dieux », dont on ne mesure la valeur qu’après des années. Il en accepte les aspérités — l’entre-soi, la lenteur relative, la nécessité de se faire adopter — et cite Voltaire pour conclure, « il faut cultiver son jardin ». Sur son métier, il observe une constante très humaine : le chef d’entreprise qui, à l’heure de la retraite, découvre que ses enfants n’ont ni ses qualités ni l’envie de reprendre. Un moment délicat qu’il sait d’autant mieux accompagner qu’il l’a lui-même vécu, ayant acheté et revendu des entreprises, et connu ses propres « couteaux dans le dos ».
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 — Présentation d’Alexis Touzé et rencontre via Réseau Entreprendre Côte d’Azur
- 00:00:58 — Vingt-cinq ans à Nice, un quart de siècle qui change tout
- 00:01:23 — Le déclic du départ : l’amour et le goût de la poussière parisienne
- 00:02:18 — Son cabinet de conseil et son parcours de directeur financier
- 00:02:47 — L’ennui comme moteur, la phrase décisive de son épouse
- 00:03:35 — De l’externalisation à la transmission d’entreprise
- 00:04:03 — Les secteurs d’intervention, une prédilection pour la santé
- 00:05:26 — Un métier de discrétion, sans carte de visite ni commercial
- 00:06:36 — Travailler entre Nice et Paris, moins de concurrence sur place
- 00:08:22 — Ses premiers réseaux niçois : EDHEC, DFCG, anciens de Dauphine
- 00:14:20 — Devenir trésorier de Réseau Entreprendre
- 00:14:43 — Accompagner les créateurs, prêts jusqu’à 100 000 euros
- 00:16:16 — Différence de dynamique entrepreneuriale Paris / Riviera
- 00:18:37 — Premier souvenir de la région et la fin de l’anonymat
- 00:20:19 — Se donner sans masque, la confiance comme condition
- 00:23:04 — Politique, religion et groupes affinitaires
- 00:25:28 — La qualité de vie et la ville de Nice
- 00:27:30 — Les aspérités du territoire, la richesse des rencontres
- 00:31:55 — Transmission d’entreprise et rapports parents-enfants
- 00:34:05 — Management, stress et rythme : Paris versus Nice
- 00:39:12 — Le Booster Camp des 15 et 16 septembre
- 00:42:44 — L’offre culturelle : musique classique et contemporaine
- 00:46:12 — Qualité de vie, paysages et lucidité finale sur la région
Références de l’épisode
- Réseau Entreprendre Côte d’Azur
- Booster Camp (15 et 16 septembre)
- EDHEC
- DFCG, association des directeurs financiers et contrôleurs de gestion
- Université Paris-Dauphine
- Audiane Plagiau, directrice de la communication de l’Opéra de Nice
- Opéra de Nice
- Voltaire
- Igor Stravinsky
- Alban Berg
- György Ligeti
- Stanley Kubrick
- Ensemble Intercontemporain
- Nice
- Paris
- Antibes
- Cannes
- Monaco
FAQ
Qui est Alexis Touzé ?
Alexis Touzé est directeur financier indépendant, spécialiste de la transmission d’entreprises, installé à Nice depuis vingt-cinq ans. Après des débuts dans l’expertise comptable et l’audit, puis un parcours de directeur financier salarié, il s’est installé comme directeur financier externalisé avant de se recentrer sur l’achat-vente de sociétés. Il est aussi trésorier de Réseau Entreprendre Côte d’Azur.
Pourquoi Alexis Touzé a-t-il quitté Paris pour la Côte d’Azur ?
Il a quitté Paris il y a vingt-cinq ans sur un coup de tête, poussé par deux forces : l’amour, comme traction positive, et le sentiment d’avoir fait le tour de quelque chose dans la capitale, avec « le goût de la poussière ». Sa femme était enceinte ; la décision de s’installer dans le sud s’est prise en une « nanoseconde ». Le choix n’avait rien de professionnel.
Quel est le métier d’Alexis Touzé aujourd’hui ?
Il accompagne des sociétés dans leur transmission, c’est-à-dire l’achat et la vente d’entreprises, tout en assurant encore des missions de directeur financier externalisé pour quelques clients. Il intervient dans de nombreux secteurs, avec une prédilection pour la santé et le médico-social. Il se décrit comme un intermédiaire, « un passeur d’histoire, et financier et humain », attaché à la discrétion.
Quel rôle Alexis Touzé joue-t-il chez Réseau Entreprendre Côte d’Azur ?
Il en est le trésorier. Entré d’abord comme adhérent, il s’est investi dans l’accompagnement de jeunes créateurs, un engagement fort puisque le réseau prête des sommes pouvant atteindre 100 000 euros. Son implication l’a mené au conseil d’administration, puis à la fonction de trésorier. Il participe aussi à des initiatives comme le Booster Camp, hackathon d’aide aux créateurs.
Qu’est-ce que le Booster Camp de Réseau Entreprendre Côte d’Azur ?
Organisé les 15 et 16 septembre, le Booster Camp est un hackathon de deux jours, une sorte de sprint où des professionnels aident les porteurs de projet à avancer. Bienveillant mais exigeant, le dispositif va chercher la contradiction et le point aveugle de chaque entreprise, en s’appuyant sur la conviction qu’« il y a toujours une vérité derrière une question ».