Anthony Daless, de restaurateur parisien à multi-entrepreneur niçois
Anthony Daless est un entrepreneur parisien installé à Nice depuis quatre ans, opticien de formation devenu figure du commerce de créateurs sur la piétonne niçoise. Après avoir ouvert deux boutiques d’optique à Paris puis lancé un bar à vin, il débarque sur la Côte d’Azur pour créer un restaurant festif près de Sophia Antipolis, avant de renouer avec son premier métier. Aujourd’hui à la tête du Collectionneur Lunetier, dans le Carré d’Or, il raconte à Emmanuelle Mary son adaptation à un marché niçois très différent de la capitale, les défis de l’entrepreneuriat local et sa façon de faire du commerce autrement.
Opticien et restaurateur, du bar à vin parisien aux lunettes de créateurs du Carré d’Or
Qui est Anthony Daless ?
Anthony Daless est un entrepreneur aux multiples casquettes, opticien de formation, installé à Nice depuis quatre ans et à la tête de la boutique de lunettes de créateurs Le Collectionneur Lunetier, rue de France, en plein Carré d’Or. Son parcours démarre à Paris : il ouvre sa première boutique d’optique à Neuilly-sur-Seine en 2014, puis une deuxième dans les Batignolles, dans le 17e arrondissement. Avec les bénéfices accumulés, il réalise un rêve en lançant un bar à vin, Chez Toto — 32 couverts, cuisine créative et « tapas bistronomiques de partage » élaborés avec son chef Ali. C’est ce profil de restaurateur inventif qui va le mener sur la Côte d’Azur.
De Chez Toto à Chez Amici : le pari niçois de la restauration
Anthony Daless ne connaissait pas Nice. Il y arrive par une opportunité professionnelle : la société Pure Places, spécialisée dans les bureaux, cherche quelqu’un capable de créer un restaurant moderne et branché pour un vaste espace situé du côté de Sophia Antipolis — qu’il décrit comme « un peu la Défense niçoise », mais orientée high-tech.
Le défi est de taille. Il passe d’un bar à vin de moins de 40 mètres carrés à un espace de 300 à 400 mètres carrés. Sa mission : imaginer l’univers, le design, la carte et le menu. Épaulé par David, responsable du restaurant, il conçoit Chez Amici, un lieu convivial pensé pour le déjeuner, abordable et adapté à une clientèle de tickets restaurant. Le nom fait écho à Chez Toto : donner l’impression d’aller manger « chez quelqu’un » plutôt que dans un simple restaurant.
L’aventure se prolonge le soir. Devenu salarié du groupe, il développe l’un des premiers restaurants festifs de la Côte d’Azur, avec les soirées Solum : musique afro, DJ résident Stéphane — aujourd’hui à l’Amazonico —, formule afterwork de 18h à 21h avant de basculer en mode festif le jeudi. « Tout le monde m’a dit : les Niçois, ça ne marchera jamais, on ne se déplace pas », se souvient-il. Le concept attire pourtant Cannois, Monégasques et Niçois. Sa fierté : avoir créé un univers qui fonctionne pour lui-même, sans que l’organisateur ait à être connu.
Le Collectionneur Lunetier : moderniser l’optique dans le Carré d’Or
Après ce détour par la restauration, Anthony Daless renoue avec son premier métier. Il rouvre à Nice le concept né dix ans plus tôt à Paris : Le Collectionneur Lunetier, une boutique de lunettes de créateurs inaugurée mi-octobre, rue de France, au 12, juste à côté du mythique Café de Paris. L’endroit est petit — une trentaine de mètres carrés — mais accueille près de 400 paires, moitié optique, moitié solaire, réparties sur une dizaine de marques.
Le parti pris est assumé : une boutique de quartier, design, où lui-même ou son associé Pierre reçoivent les clients. Ils achètent leurs modèles en direct auprès des producteurs — parfois réglés en yens pour les marques japonaises — ce qui leur permet de proposer des lunettes de créateurs à des prix qu’il présente comme abordables. Aquila, Oliver Peoples, Moscot, Thierry Lasry figurent parmi les références. Anthony insiste sur le conseil : selon lui, tout se joue sur trois critères, le visage, les besoins et le métier de la personne. Il défend aussi une pédagogie du produit — le guillochage, les acétates de Mazzucchelli en Italie — pour que le porteur sache d’où vient sa monture.
Un marché niçois différent et l’art du commerce de proximité
Anthony Daless observe une clientèle distincte de celle de Paris. À Nice, on vend davantage de solaire que d’optique, et le goût reste plus classique : du noir, de l’écaille. Mais l’ouverture d’esprit est là. Il complète l’offre avec des bijoux, des accessoires et des chapeaux de créateurs locaux, et voit émerger une clientèle de passionnés, parfois experts du travail des matières, comme d’autres le sont des montres, certains collectionnant des montures qui prennent de la valeur d’année en année.
Pour animer sa rue, il monte des événements « collaboratifs » mêlant Niçois et commerçants, avec des DJ, souvent des amateurs, pour recréer de la proximité. Membre de l’association du Carré d’Or, il constate que la piétonne, très touristique, s’est vidée de ses locaux, désormais concentrés vers Masséna. Son Club Sonore monte crescendo, de 18h à 20h, avant de fermer tôt pour rester accepté par le quartier — presse, élus, habitants et retraités s’y croisent.
Il ne cache pas les difficultés. Trouver un local commercial lui a pris près de huit mois, alors même qu’il avait déjà un réseau : dans le Sud, peu d’agents immobiliers se consacrent aux commerces, préférant villas et grands appartements. Trouver des artisans capables de réaliser des travaux « niche » — tout arrondi, matières écologiques, peinture à l’étaloché — a été un autre casse-tête. Il pointe aussi une singularité locale : dès qu’il pleut fort, la ville s’arrête, on ferme les commerces et un quartier peut se vider en une heure.
Nice, une ville qui monte, et la vraie difficulté des relations
Ce qui séduit Anthony Daless, c’est l’âme de la ville : la promenade des Anglais, les couchers de soleil, une énergie qu’il ressent dans le Vieux-Nice et jusque dans le quartier du Port, où il habite. Il salue le travail mené autour de l’attractivité et de la culture par l’élue Magali Altounian et par Greg Monetti pour développer la ville au-delà de l’été. Il compare Nice aux trajectoires de Bordeaux ou Lyon et note l’arrivée de grandes enseignes — Balenciaga, Yves Saint Laurent, Chanel — et de l’Hôtel Victoria.
Il évoque néanmoins un côté négatif : la difficulté à nouer des relations vraies. Si les liens se créent vite dans le Sud, la sincérité y est plus rare, et il assume sa philosophie : « quand on rentre dans une ville, c’est à nous de s’adapter à la ville et pas forcément à la ville de s’adapter à nous. » Avec Pierre, David, Benji, Julia et Claire, il dit construire un noyau d’entraide. Son quotidien reste celui d’un entrepreneur à plein régime — réseaux sociaux, communication, conseil en boutique, tests de vue, partenariats — avec la promenade comme sas de décompression, matin et soir, désormais en trottinette.
Au fil de l’épisode
- 0:00:36 — Présentation d’Anthony Daless, Parisien et Niçois depuis quatre ans
- 0:01:21 — La raison professionnelle de son arrivée à Nice
- 0:01:45 — Débauché pour créer un restaurant près de Sophia Antipolis avec Pure Places
- 0:02:24 — Son métier de départ : opticien, ses boutiques à Paris et le bar à vin Chez Toto
- 0:03:26 — Le concept de Chez Amici : un restaurant convivial pour le midi
- 0:04:32 — Chercher un Parisien pour développer un lieu sur la Côte d’Azur
- 0:05:22 — Les soirées Solum et le pari du restaurant festif
- 0:08:53 — Son premier souvenir de Nice : la promenade et le climat
- 0:09:49 — L’âme de la ville et son développement au-delà de l’été
- 0:11:18 — L’ouverture du Collectionneur Lunetier dans le Carré d’Or
- 0:12:24 — Les marques, les prix et l’achat en direct producteur
- 0:14:24 — Près de 400 paires dans 30 m² et le conseil personnalisé
- 0:16:05 — Les différences de clientèle entre Nice et Paris
- 0:18:02 — Les difficultés : trouver artisans et local commercial
- 0:20:08 — Les événements collaboratifs et le Club Sonore
- 0:23:52 — Les points négatifs : la pluie qui arrête la ville, les relations
- 0:26:59 — Son quotidien, le quartier du Port et Nice comme ville qui monte
- 0:30:26 — Ses adresses préférées à Nice
Références de l’épisode
- Le Collectionneur Lunetier, boutique de lunettes, 12 rue de France, Nice
- Chez Toto, bar à vin (Paris)
- Chez Amici, restaurant (Sophia Antipolis)
- Pure Places, société
- Soirées Solum
- Aquila, marque de lunettes
- Oliver Peoples, marque de lunettes
- Moscot, marque de lunettes
- Thierry Lasry, marque de lunettes
- Mayu Collection, bijoux
- Mazzucchelli, acétate (Italie)
- SDR Design, société de travaux
- Carré d’Or, quartier de Nice
- Rue de France, Nice
- Promenade des Anglais
- Café de Paris, Nice
- Vieux-Nice
- Quartier du Port, Nice
- Sophia Antipolis
- Amazonico
- Café Clay, rue Bonaparte
- Tiffany, Nice
- Côté Lunch, rue de France
- La Cantine de Mémé, Nice
- Hôtel Victoria, Nice
- Balenciaga, Yves Saint Laurent, Chanel
- Neuilly-sur-Seine, les Batignolles (17e), Paris
- Antibes, Cannes, Monaco
- Magali Altounian, élue niçoise au rayonnement et à l’attractivité
- Greg Monetti, adjoint à la culture
- Mehdi Dubrul, fondateur de La Cantine de Mémé
FAQ
Qui est Anthony Daless ?
Anthony Daless est un entrepreneur parisien installé à Nice depuis quatre ans. Opticien de formation, il a ouvert deux boutiques d’optique à Paris avant de lancer un bar à vin, puis de créer des restaurants sur la Côte d’Azur. Il dirige aujourd’hui Le Collectionneur Lunetier, une boutique de lunettes de créateurs située rue de France, dans le Carré d’Or niçois.
Pourquoi Anthony Daless a-t-il quitté Paris pour Nice ?
Pour une raison strictement professionnelle. Ne connaissant pas la ville, il a été débauché par la société Pure Places pour concevoir un grand restaurant moderne près de Sophia Antipolis, qu’il compare à « la Défense niçoise ». C’est cette opportunité qui a lancé son aventure sur la Côte d’Azur, avant qu’il ne renoue avec son métier d’opticien.
Où se trouve la boutique Le Collectionneur Lunetier ?
Le Collectionneur Lunetier est situé au 12 rue de France, à Nice, dans le quartier piéton du Carré d’Or, juste à côté du Café de Paris. C’est une petite boutique d’une trentaine de mètres carrés qui accueille près de 400 paires de lunettes, en optique et en solaire, réparties sur une dizaine de marques de créateurs.
Qu’est-ce qui distingue Le Collectionneur Lunetier ?
La boutique mise sur les lunettes de créateurs à prix abordables, achetées en direct auprès des producteurs français, japonais ou américains. Anthony Daless et son associé Pierre reçoivent eux-mêmes les clients, avec un conseil fondé sur le visage, les besoins et le métier de chacun, et une pédagogie sur le travail des matières comme le guillochage et les acétates italiennes.
Quelles difficultés Anthony Daless a-t-il rencontrées à Nice ?
Il cite deux obstacles majeurs : trouver un local commercial, faute d’agents immobiliers spécialisés dans le Sud, ce qui lui a pris près de huit mois, et dénicher des artisans capables de réaliser des travaux « niche ». Il évoque aussi une ville qui s’arrête dès qu’il pleut fort, et la difficulté à nouer des relations sincères sur place.