Ginger Bitch et Lady Miss Tik : quand l’art du Drag illumine la Baie des Anges #21

Cédric et Greg, alias Ginger Bitch et Lady Miss Tik, sont deux drag queens de la scène niçoise et un couple à la ville comme sur scène. Venus de Normandie et de l’Aveyron, ils ont posé leurs valises à Nice, quitté des situations stables et fondé leur société Ginger and Misstik Entertainment. La participation de Ginger Bitch à Drag Race France a mis leur art en lumière, mais aussi leurs combats : rémunération équitable des artistes drag, lieux safe pour la communauté LGBT+, visibilité des drag queens locales. Un échange sans filtre, tout en couleurs et en confidences, sur les coulisses d’un art de la transformation ancré dans la baie des Anges.

Deux drag queens et un couple qui font vibrer la scène LGBT+ de la baie des Anges

Qui sont Cédric et Greg (Ginger Bitch et Lady Miss Tik) ?

Cédric et Greg forment un duo de drag queens installé à Nice, connus sur scène sous les noms de Ginger Bitch et Lady Miss Tik. Couple depuis dix ans, ils sont devenus drag queens il y a environ cinq ans et sont associés dans la vie comme sur scène. Greg, né dans l’Aveyron, vit dans la région depuis une vingtaine d’années après avoir suivi un compagnon travaillant à Monaco ; il est arrivé à Nice en 2015. Cédric, né à Caen en Normandie, a grandi en Normandie puis vécu une dizaine d’années en région parisienne avant de rejoindre Greg à Nice, par amour. Aujourd’hui, ils sont artistes et entrepreneurs, à la tête de leur société Ginger and Misstik Entertainment.

De la Normandie et de l’Aveyron à la baie des Anges

Les deux hommes ne sont pas niçois d’origine, mais ils ont fait de Nice une ville de cœur. Greg raconte être tombé amoureux de la ville très rapidement, tout en gardant un regard lucide sur une certaine mentalité du sud, où « les gens sont beaucoup dans le paraître ». Cédric, plus attaché à Paris au début, a mis trois ans à se sentir à sa place, à se construire un cercle d’amis sincères. Aujourd’hui, il s’y sent chez lui.

Ce qui les a surpris à leur arrivée : la forte représentation LGBT+ de Nice, rare en province. Cédric, qui vient de Caen où « il n’y a plus rien », mesure la chance d’une ville dotée de bars, boîtes et établissements pour la communauté, même si certains ferment. Avant le drag, chacun a eu d’autres vies : Greg a travaillé dans l’hôtellerie, et Cédric, né en 1978, a fait son service militaire comme gendarme auxiliaire, notamment affecté sur l’enquête du crash du Concorde.

Le drag, un art de la transformation et de la liberté

« Le drag, c’est l’art de se transformer », résume Greg : devenir un personnage « comme un super héros », qui prend les faiblesses de la personne pour en faire des forces. Pour Cédric, c’est « l’art d’être libre », un art performatif, politique, mais surtout bienveillant. Tous deux dénoncent la stigmatisation actuelle du drag et l’idée qu’il serait malsain de le montrer à des enfants : selon eux, un enfant n’y voit que de « grosses poupées » amusantes, ce sont les adultes qui projettent le reste.

Leur aventure a commencé il y a quelques années, à Nice, lors d’un tremplin drag organisé dans un bar dont ils étaient clients. Sur un pari, ils se lancent, achètent perruques et talons, fabriquent leurs costumes. Ils finissent tous les deux en finale du concours. Ils insistent sur la richesse de la scène drag niçoise et rendent hommage à des figures locales, dont Muskoka, disparue, qui a exporté le drag niçois jusqu’aux croisières européennes.

Drag Race France : le casting jusqu’aux États-Unis

La participation de Ginger Bitch à Drag Race France marque un tournant. Cédric avait envisagé la saison 1 sans se sentir prêt, avant de se lancer pour la saison 2. Le casting, riche en anecdotes, s’est en grande partie déroulé pendant un road trip d’un mois aux États-Unis, prévu pour ses 40 ans : entretiens téléphoniques décalés horaires, vidéos de présentation, réalisation d’une vidéo de Snatch Game filmée dans une chambre d’hôtel de Los Angeles, le maquillage validé en direct par des drag queens en France.

Cédric raconte l’arrivée sur le plateau, la fatigue, le stress, la compétition à peine ressentie entre candidates. Pour lui, entrer dans l’émission, c’est une reconnaissance : « on reconnaît ton drag comme étant au niveau ». Il assume aussi son profil, une drag XL de plus de 40 ans, avec des messages à faire passer — car, dit-il, l’émission cherche des personnalités et pas seulement de « jolies drag qui dansent bien ».

Un art qui coûte cher, des combats à mener

Le duo évoque sans détour l’argent et les conditions de travail. Une perruque coûte entre 300 et 1000 euros, un costume peut dépasser les 1000 euros, sans compter maquillage, accessoires et déplacements. D’où leur combat pour une rémunération décente : ils refusent de performer pour 70 euros, ce qui leur a valu d’être blacklistés par certains établissements. Selon eux, une drag queen ne devrait pas gagner moins de 150 euros, et plutôt 250 à 300 euros pour deux prestations en 2024.

Ce combat rejoint celui de la visibilité des artistes locaux. Ginger Bitch s’agace que des organisateurs d’événements niçois — carnaval, Pink Parade — fassent descendre des drag queens parisiennes payées 500 euros, aller-retour et hôtel compris, quand les Niçoises sont sollicitées « en associatif » pour 60 euros. « Prenez déjà des drag qui sont locales », martèle-t-elle : ce sont elles qui font vivre les établissements toute l’année.

Militantisme, réseaux sociaux et lieux safe

Au départ, Cédric ne se voyait pas militant : il voulait « se déguiser et s’éclater ». Puis il a compris que la scène n’est que la partie visible de l’iceberg. Le duo a dû s’imposer, taper du poing face à des patrons d’établissements, prendre position. Avec des communautés Instagram qui se comptent en milliers d’abonnés, ils assument une responsabilité : ne pas laisser passer les propos transphobes, homophobes ou racistes, défendre l’inclusivité tout en reconnaissant leur propre apprentissage — eux qui appartiennent à une génération pour qui certains termes étaient « du chinois ».

Ils insistent aussi sur la nécessité de lieux safe, où artistes et public se sentent en sécurité. Ils ont cessé de travailler dans des établissements où le personnel n’était pas bienveillant, ou après des incidents graves. Un show drag, rappellent-ils, s’adresse à tous, hétéros compris, et n’a rien à voir avec le travestissement ou la prostitution : c’est un art de spectacle.

Ginger and Misstik Entertainment et Nice au quotidien

Pour structurer leur activité, éviter les paiements au black et pouvoir investir, ils ont créé leur société, Ginger and Misstik Entertainment, tournée vers l’événementiel. Elle leur permet de se rémunérer, d’embaucher d’autres drag, d’acheter leur propre matériel sono et lumière, et de porter des projets — des soirées jeux comme « Rigolote » ou une édition bingo itinérante. Ils cherchent d’ailleurs un local ou un box de stockage vers le quartier Garibaldi, tant leurs costumes occupent de place.

Attachés à leur ville, ils citent leurs lieux de prédilection : la place du Pin, à côté de chez eux, cœur historique de la vie LGBT niçoise ; la colline du château pour son panorama ; l’avenue Jean Médecin pour flâner, le port, la Promenade. Nice tient en un mot pour chacun : « soleil » pour l’un, « couleur » pour l’autre.

Au fil de l’épisode

  • 00:01:18 — L’enregistrement au Provence Cigare, restaurant de Damien
  • 00:02:19 — Un couple et un duo, sur scène comme à la ville
  • 00:03:05 — Cédric/Ginger, Greg/Miss Tik : jouer avec ses personnages
  • 00:04:36 — Les origines : l’Aveyron, la Normandie, l’arrivée à Nice
  • 00:07:05 — Première impression de Nice et regard sur le « paraître »
  • 00:09:41 — La forte représentation LGBT+ de la ville
  • 00:10:25 — Cédric gendarme auxiliaire et l’enquête du Concorde
  • 00:12:14 — Des enfances tournées vers la scène et le déguisement
  • 00:14:19 — Passages télé, la vidéo « 2 be 3 » devenue légendaire
  • 00:16:14 — C’est quoi le drag ? Un art de la transformation et de la liberté
  • 00:19:16 — Les débuts : un tremplin drag dans un bar niçois
  • 00:20:36 — La richesse de la scène drag niçoise, hommage à Muskoka
  • 00:23:10 — Drag Race France : origine et principe de l’émission
  • 00:25:56 — RuPaul et l’histoire du format
  • 00:29:31 — Le casting de la saison 2 et le questionnaire qui met à nu
  • 00:35:35 — Le casting mené pendant un road trip aux États-Unis
  • 00:41:27 — Coming out, moments intimes et vertu éducative de l’émission
  • 00:43:06 — Le drag comme acte militant assumé
  • 00:46:10 — Transidentité, inclusivité, apprentissage et réseaux sociaux
  • 00:51:24 — La création de Ginger and Misstik Entertainment
  • 00:54:57 — Le coût du drag : perruques, costumes, stockage
  • 00:56:03 — Le combat pour une rémunération équitable des artistes drag
  • 00:58:23 — Un show drag pour tous, la question des lieux safe
  • 01:03:24 — Carnaval, Pink Parade et visibilité des drag locales
  • 01:09:07 — Trois lieux niçois préférés du duo
  • 01:12:14 — Nice en un mot et suggestions d’invités

Références de l’épisode

  • Provence Cigare, restaurant à Nice (avenue Félix Faure), tenu par Damien
  • Ginger and Misstik Entertainment, société d’événementiel
  • Drag Race France, émission (France Télévisions)
  • RuPaul, drag queen américaine, créatrice du format
  • RuPaul’s Drag Race (WOW Presents Plus)
  • Snatch Game, épreuve de l’émission
  • Muskoka, figure de la scène drag niçoise
  • Lio, chanteuse
  • Dalida, chanteuse
  • Jean-Luc Reichmann, animateur (émission « Attention à la marche »)
  • Nagui, animateur
  • 2 be 3, groupe (vidéo « Ça va être votre fête » sur YouTube)
  • Émeutes de Stonewall
  • Carnaval de Nice
  • Pink Parade de Nice
  • Crash du Concorde de Gonesse
  • Le Glam, établissement LGBT à Nice
  • L’Oméga, établissement LGBT à Nice
  • Le Red Café, établissement LGBT à Nice
  • Le Lido, cabaret
  • Place du Pin, Nice
  • Colline du château, Nice
  • Avenue Jean Médecin, Nice
  • Port de Nice
  • Promenade des Anglais
  • Vieux-Nice
  • Quartier Garibaldi, Nice
  • Saint-Laurent-du-Var
  • Los Angeles, Miami, Orlando, Texas, Nouveau-Mexique (road trip États-Unis)
  • Le Grand Rex, Paris (finale de l’émission)
  • Netflix, plateforme de streaming
  • Voo Théiste, restaurant de tapas dans le Vieux-Nice, repris par Alex
  • Mike et Agathe, concerts intimistes dans des domaines viticoles

FAQ

Qui sont Ginger Bitch et Lady Miss Tik ?

Ginger Bitch et Lady Miss Tik sont les noms de scène de Cédric et Greg, deux drag queens installées à Nice. Couple à la ville depuis dix ans, ils sont aussi associés sur scène et dirigent leur société Ginger and Misstik Entertainment. Ginger Bitch, incarnée par Cédric, a participé à l’émission Drag Race France.

Qu’est-ce que le drag selon eux ?

Pour Greg et Cédric, le drag est l’art de se transformer et de se libérer. Le personnage devient « comme un super héros » qui transforme les faiblesses en forces. C’est un art performatif, souvent politique, mais avant tout bienveillant, qui mêle danse, maquillage, costumes et chant. Ils rejettent l’idée qu’il serait malsain.

Pourquoi Ginger Bitch défend-elle les drag queens niçoises ?

Ginger Bitch dénonce le fait que certains organisateurs d’événements niçois fassent venir des drag queens parisiennes, payées plusieurs centaines d’euros avec transport et hôtel, tandis que les artistes locales sont sollicitées « en associatif » pour des sommes dérisoires. Elle plaide pour que les événements LGBT+ niçois emploient d’abord les drag qui font vivre la scène toute l’année.

Quel est le combat de Cédric et Greg sur la rémunération ?

Ils militent pour une rémunération équitable des artistes drag. Rappelant qu’une perruque coûte entre 300 et 1000 euros et un costume souvent plus de 1000, ils estiment qu’une drag queen ne devrait pas gagner moins de 150 euros, plutôt 250 à 300 euros pour deux prestations. Leur refus des cachets trop bas leur a valu d’être blacklistés par certains établissements.

Qu’est-ce que Ginger and Misstik Entertainment ?

Ginger and Misstik Entertainment est la société créée par Cédric et Greg, tournée vers l’événementiel. Elle leur permet de se rémunérer, d’embaucher d’autres artistes drag, d’investir dans leur matériel sono et lumière, et d’organiser des soirées à Nice, comme les soirées jeux « Rigolote » ou une édition bingo itinérante.

Où retrouver Ginger Bitch et Lady Miss Tik à Nice ?

On peut les croiser autour de la place du Pin, cœur historique de la vie LGBT niçoise, où ils habitent, ainsi que dans les établissements LGBT+ de la ville. Ils animent régulièrement des soirées, notamment au Provence Cigare, et organisent leurs propres événements via leur société Ginger and Misstik Entertainment.

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