Rendez-vous sur la Prom avec Yves Cordier, Directeur de l’Iron Man France #15
Yves Cordier est un ancien triathlète de haut niveau devenu directeur de l’Ironman France, l’un des grands acteurs du triathlon mondial installé à Nice. Champion d’Europe, quintuple vainqueur de l’exigeant triathlon d’Embrun, il a fait de la baie des Anges un terrain de jeu international. Dans cet épisode enregistré au Megarama de Nice Vauban, il raconte à Julien Gérard son parcours d’athlète, la naissance de sa passion et l’incroyable histoire du championnat du monde Ironman disputé pour la première fois à Nice, aux côtés d’Hawaï. Un acteur incontournable du sport azuréen qui n’a aucune intention de s’arrêter.
Le directeur de l’Ironman France qui a fait de Nice une capitale mondiale du triathlon
Qui est Yves Cordier ?
Yves Cordier est un ancien triathlète de haut niveau et le directeur de l’Ironman France, organisateur des épreuves sous ce label dans l’Hexagone et, depuis cette année, du championnat du monde longue distance. Né près de Paris, il a connu Nice enfant grâce à ses grands-parents qui y habitaient, et y a passé toutes ses vacances. Vers 18 ans, il décide de rejoindre cette ville qu’il adore. L’arrivée du triathlon en 1982 lui offre un prétexte pour s’y installer et tenter l’aventure.
Ancien nageur, il fut l’un des précurseurs français de cette discipline qui enchaîne natation, vélo et course à pied. Sur le circuit longue distance — 3,8 km de nage, 180 km de vélo et un marathon —, il s’impose face à l’élite internationale et remporte cinq fois le triathlon d’Embrun, considéré comme l’un des plus sélectifs au monde. Après vingt ans de compétition, il se consacre à l’organisation des épreuves Ironman et 70.3, devenu à la fois sa passion et son métier.
Du bassin au triathlon : la naissance d’une passion
Avant le triathlon, Yves Cordier était nageur, dans les années 1980, à une époque où l’entraînement devenait massif. Il nageait entre dix et quinze kilomètres par jour, parfois plus de vingt. « J’avais cette soif d’endurance, d’entraînement », se souvient-il. Mais tourner en rond dans un bassin cinq ou six heures par jour finit par appeler autre chose : la nature, le vélo, la course à pied, les paysages.
Il découvre le triathlon à la télévision en novembre 1982, lors de la première édition niçoise. Les images d’athlètes allant au bout de leur effort le saisissent. Sa première course, en 1983, est extrêmement difficile : pas assez d’entraînement, une vraie découverte. Le soir même, il en a assez. Mais quelques jours plus tard, avec son frère, il décide d’explorer plus loin. Dès 1984, les courses se dupliquent en France, Antenne 2 crée un circuit sur courtes distances, les sponsors et les médias arrivent : le triathlon est né.
Le triathlon pour tous, un sport d’endurance accessible
Dès le milieu des années 1980, Yves Cordier publie un ouvrage sur « le triathlon pour tous ». À l’époque, on avait du mal à le croire. Aujourd’hui, il en est convaincu : que ce soit sur un 70.3 ou sur la distance Ironman, c’est fait pour tout le monde. « C’est un sport d’endurance. Pour le terminer en 16 h ou 17 h, c’est un peu de méthode, une grosse envie, une grande passion. »
Il évoque des participants sans aucune expérience passée, parfois venus au triathlon après un problème de santé. Il cite l’exemple de Jean-Paul Bertrand-Demanes, ancien gardien de l’équipe de France et du FC Nantes, qui a pris le départ à Nice après un cancer grave, malgré un gabarit hors norme. Pour Yves Cordier, l’équilibre prime : le triathlon n’est pas une secte, il se conjugue avec la famille, les amis, les sorties. C’est cet équilibre qui fait la force d’un athlète.
Embrun et le duel de 1992 avec Mark Allen
Cinq fois vainqueur d’Embrun, Yves Cordier décrit une épreuve à part : nage dans une retenue du lac de Serre-Ponçon, départ au lever du jour dans le noir à deviner la première bouée, puis un parcours vélo de 188 kilomètres avec une montée hors catégorie digne du Tour de France, et enfin un marathon exigeant autour du lac. Il faut y ajouter une heure à une heure et demie par rapport à un Ironman classique.
S’il a gagné cinq fois Embrun, il n’a jamais remporté Nice. Sa plus grande fierté reste pourtant l’édition 1992 et son duel avec Mark Allen, qui le double au niveau du Negresco, à quelques mètres d’une ligne d’arrivée qu’il voyait déjà. Trente ans plus tard, on lui reparle encore de cette course. « Ce n’est pas le chrono qui est important pour moi, c’est ce que j’ai pu faire. Je n’ai pas de regret. » Amis, Yves Cordier et Mark Allen ont, selon lui, offert de belles histoires et donné envie à toute une génération de se mettre au triathlon.
Nice, terre de triathlon depuis quarante ans
L’histoire du triathlon niçois commence en 1982. L’organisateur JMG avait d’abord prévu Monaco, mais le décès de la princesse Grace conduit à choisir une autre ville de cachet : Nice. L’épreuve n’a plus bougé depuis. Pour Yves Cordier, la ville offre un terrain de jeu incroyable, entre mer et montagne, avec la promenade des Anglais et l’arrière-pays. Quarante ans d’histoire ont fait de ce rendez-vous un élément du patrimoine sportif niçois.
Il compare l’aura de Nice à celle du marathon de New York : une expérience à vivre, au-delà de la performance pure. Le retour des athlètes sur la promenade des Anglais, après le passage dans l’arrière-pays, provoque des émotions que d’autres courses à travers le monde n’égalent pas.
Ironman France : de l’athlète à l’organisateur
L’Ironman est né en 1978 à Hawaï, d’un pari cherchant à désigner le plus fort entre nageur, cycliste et coureur : 3,8 km de nage, 180 km de vélo, un marathon. Le sport s’est démultiplié, l’Ironman est devenu une marque, un label, une référence. Aujourd’hui, on compte une quarantaine d’Ironman dans le monde et de nombreuses épreuves 70.3, la demi-distance. En France, l’entité organise cinq étapes : Vichy, les Sables-d’Olonne, Aix, et désormais deux courses à Nice.
Yves Cordier insiste sur l’exigence de l’organisation : entre 1 000 et 1 500 volontaires, des prestataires, une logistique de château de cartes. En juin, à Nice, il a relevé le défi de grouper le même jour l’Ironman et le 70.3 — près de 5 000 athlètes, un parc à vélo colossal, une gestion des flux sur la promenade des Anglais du petit matin jusqu’à minuit. À 59 ans, il se donne encore trois ans pour porter les championnats du monde, tout en pensant à développer de nouvelles épreuves en France.
Le championnat du monde à Nice, entré dans la légende
Traditionnellement disputé à Hawaï, à Kona, le championnat du monde Ironman a atteint les limites de la petite île : espaces réduits, parcours passant devant l’aéroport, dix-sept heures de course paralysant le territoire plusieurs jours. Quand l’idée germe d’organiser hors d’Hawaï, Andrew Messick, directeur général de l’Ironman, appelle Yves Cordier un dimanche pour lui demander si Nice serait possible — avec une réponse attendue dès le lendemain.
Fort de l’expérience du championnat du monde 70.3 organisé à Nice en 2019, Yves Cordier appelle le maire, Christian Estrosi, « un fan de sport », et obtient un feu vert immédiat. Annoncé en janvier, l’événement est monté en neuf mois. Le 10 septembre, réservé aux hommes, la course voit pour la première fois en quarante et un ans d’histoire un triathlète français l’emporter à Nice. « C’est une sacrée émotion. On est chez nous, c’est un peu la France qui gagne. » Le principe : le championnat du monde alterne désormais entre Hawaï et Nice, une année les hommes, l’autre les femmes.
La place des femmes et l’avenir de la discipline
Pour Yves Cordier, séparer totalement les courses hommes et femmes est une innovation majeure. À Kona, quand une seule course réunissait les deux, la victoire féminine arrivait bien après celle des hommes et n’avait pas le même retentissement médiatique. Désormais, chaque championnat du monde féminin bénéficie de 100 % de la lumière. Il se dit ébahi par la performance des femmes, notamment en cyclisme, et par leur gestion de course parfois meilleure que celle des hommes.
Interrogé sur l’évolution du sport en quarante ans, il souligne des progrès considérables : matériel, vélos de chrono, mais surtout préparation, médecine et connaissance de l’entraînement. Il rappelle qu’à ses débuts de nageur, franchir les seize minutes sur 1 500 mètres était un exploit, quand cela concerne aujourd’hui de nombreuses nageuses. Le triathlon est devenu un sport olympique — Yves Cordier est vice-président en charge du haut niveau à la fédération.
Nice, ville de cœur et étoile d’un directeur passionné
Enregistré au moment où l’on apprend l’arrivée du Tour de France à Nice en 2024, l’entretien laisse Yves Cordier s’enthousiasmer : lui qui se prenait enfant pour Bernard Hinault ou Bernard Thévenet voit sa ville « piquer » encore un événement mythique, avec un contre-la-montre entre Monaco et Nice. Sa relation avec Christian Estrosi repose sur une passion commune et un engagement à 200 % dès qu’il y a un projet.
À la question du mot pour désigner Nice, il répond « l’étoile ». Ses lieux : la promenade des Anglais, où il court, nage et roule et où il vient réfléchir face à la mer ; le Vieux-Nice, atypique et chargé d’histoire ; la colline du château, d’où l’on embrasse toute la baie. Comme suggestion d’invité pour un prochain épisode, il propose l’entraîneur de natation Fabrice Pellerin, dont il admire la méthodologie et les médailles olympiques.
Comme dans l’épisode consacré à Frédéric Ghintran, où il était aussi question du marathon de New York, Yves Cordier place l’émotion de l’arrivée et l’expérience de vie au-dessus du seul chrono. Et c’est au Megarama de Nice Vauban, nouveau partenaire du podcast, que cet épisode a été enregistré.
Au fil de l’épisode
- 00:03:05 — Qui est Yves Cordier : Paris, Nice et l’attachement à la ville
- 00:04:31 — Sa première course en 1983 et les débuts du triathlon niçois
- 00:05:37 — De nageur à triathlète : la naissance d’une passion
- 00:12:10 — « Le triathlon pour tous » : un sport d’endurance accessible
- 00:13:48 — L’exemple de Jean-Paul Bertrand-Demanes
- 00:14:32 — L’équilibre de vie de l’athlète
- 00:20:06 — Le triathlon d’Embrun, l’une des épreuves les plus dures
- 00:22:04 — Le duel de 1992 avec Mark Allen au Negresco
- 00:24:23 — Nice, ville de triathlon et son public
- 00:28:58 — L’évolution du sport en quarante ans
- 00:33:05 — Ironman France : la société et le rôle d’Yves Cordier
- 00:34:44 — Les cinq étapes françaises et l’organisation
- 00:38:26 — Grouper l’Ironman et le 70.3 le même jour à Nice
- 00:41:31 — Le championnat du monde : hommes en 2023, femmes en 2024
- 00:44:04 — La place des femmes dans le sport
- 00:44:26 — Comment Nice a accueilli le championnat du monde
- 00:52:20 — Les difficultés d’organiser un championnat du monde
- 00:53:03 — La semaine d’animations et la parade des nations
- 00:55:59 — L’émotion du départ et la victoire française
- 01:01:15 — Kona, l’édition féminine et l’avenir
- 01:01:45 — Le rapport avec la ville et Christian Estrosi
- 01:05:11 — L’arrivée du Tour de France à Nice en 2024
- 01:07:46 — Nice, ville de cœur
- 01:09:00 — Nice en un mot, trois lieux, une suggestion d’invité
- 01:13:10 — Yves Cordier l’entraîneur : par quoi commencer le triathlon
Références de l’épisode
- Ironman France
- Triathlon d’Embrun (lac de Serre-Ponçon)
- Ironman de Nice
- Championnat du monde Ironman (Kona, Hawaï)
- Ironman 70.3
- Mark Allen, triathlète
- Jean-Paul Bertrand-Demanes, ancien gardien de l’équipe de France et du FC Nantes
- Andrew Messick, directeur général de l’Ironman
- Christian Estrosi, maire de Nice
- Fabrice Pellerin, entraîneur de natation
- Jean-Philippe Amrar, nageur
- Bernard Hinault, cycliste
- Bernard Thévenet, cycliste
- Dave Scott, triathlète
- Promenade des Anglais
- Baie des Anges
- Vieux-Nice
- Colline du château
- Le Negresco
- Place Masséna
- Monaco
- Marathon de New York
- Tour de France
- Coupe du monde de football 1998
- Amaury Sport Organisation
- Vichy, les Sables-d’Olonne, Aix (étapes Ironman France)
- Fédération française de triathlon
- Megarama de Nice Vauban, cinéma partenaire
FAQ
Qui est Yves Cordier ?
Yves Cordier est un ancien triathlète français de haut niveau et le directeur de l’Ironman France. Précurseur de la discipline dans les années 1980, il fut cinq fois vainqueur du triathlon d’Embrun. Installé à Nice, il organise aujourd’hui les épreuves Ironman en France, dont les deux courses niçoises et le championnat du monde.
Quel est le palmarès sportif d’Yves Cordier ?
Yves Cordier fut l’un des leaders mondiaux du triathlon longue distance dans les années 1980-1990. Il a notamment remporté cinq fois le triathlon d’Embrun, considéré comme l’une des courses les plus sélectives au monde. Il reste célèbre pour son duel de 1992 avec Mark Allen, qui le doubla au niveau du Negresco à Nice, à quelques mètres de l’arrivée.
Pourquoi le championnat du monde Ironman a-t-il eu lieu à Nice ?
La petite île de Kona, à Hawaï, atteignait ses limites d’accueil. Pour séparer les courses hommes et femmes sur deux jours, l’Ironman a cherché une seconde ville. Fort de l’expérience du championnat du monde 70.3 de 2019, Nice a été retenue. L’épreuve alterne désormais entre Hawaï et Nice, une année les hommes, l’autre les femmes.
Combien d’épreuves Ironman Yves Cordier organise-t-il en France ?
L’Ironman France organise cinq étapes : Vichy, les Sables-d’Olonne, Aix et deux courses à Nice. Depuis cette année, l’Ironman de juin à Nice regroupe le même jour l’épreuve longue distance et le 70.3, réunissant près de 5 000 athlètes sur la promenade des Anglais et dans l’arrière-pays niçois.
Quel est le lien d’Yves Cordier avec Nice ?
Né près de Paris, Yves Cordier a connu Nice enfant grâce à ses grands-parents qui y habitaient et où il passait ses vacances. Vers 18 ans, il choisit de s’y installer, l’arrivée du triathlon en 1982 servant de prétexte. Il décrit Nice comme sa ville de cœur, entre mer et montagne, un terrain d’entraînement et de vie idéal.
Quels sont les lieux préférés d’Yves Cordier à Nice ?
Yves Cordier cite trois endroits qu’il affectionne : la promenade des Anglais, où il court, nage, roule et vient réfléchir face à la mer ; le Vieux-Nice, atypique et chargé d’histoire ; et la colline du château, d’où l’on embrasse toute la baie des Anges. S’il devait résumer Nice en un mot, il choisit « l’étoile ».