Thierry, du foot à la mode : l’histoire d’Aizo Paris #28
Thierry Mivek est créateur de mode et fondateur d’Aizo Paris, une marque de streetwear installée à Nice qui marie tissus wax et racines béninoises. Ancien passionné de football, passé par Adidas, la conciergerie de luxe et le relooking, ce Parisien d’adoption niçoise a fini par imposer ses pièces colorées sur la Côte d’Azur. Dans cet épisode, Julien Gérard reçoit un entrepreneur autodidacte qui raconte son parcours, son attachement au Bénin, ses collaborations avec des restaurants et des footballeurs, et son concept de vêtements personnalisés au wax.
Le créateur d’Aizo Paris qui habille la Côte d’Azur en wax
Qui est Thierry Mivek ?
Thierry Mivek est créateur de mode et fondateur d’Aizo Paris, une marque de streetwear qu’il a lancée à Nice, sur la Côte d’Azur. Né à Paris dans le 18ᵉ arrondissement, d’origine béninoise, il grandit dans le Val-d’Oise, dans une famille où le football et la mode tiennent une place centrale. Après un parcours de footballeur passé notamment par le centre de formation de Chantilly, il s’installe sur la Côte d’Azur au début des années 2000, travaille pour Adidas, monte une conciergerie de luxe, se lance dans le relooking, puis crée sa propre marque de vêtements personnalisés à partir de tissus wax.
De la pelouse aux podiums : le football comme point de départ
Le football, chez les Mivek, c’est une affaire de famille. Le père joue, le grand frère aussi, et Thierry s’y met « à fond ». En déménageant dans le Val-d’Oise, il rejoint le centre de formation de Chantilly, d’où sont sortis plusieurs joueurs. La carrière professionnelle ne suivra pas comme espéré, mais ce passage lui laisse un réseau et un goût du contact humain qui deviendront décisifs.
Parallèlement, un autre fil court depuis l’enfance : l’habillement. Jeune, il pioche dans les affaires de ses frères, toujours « à la pointe de la mode », et cultive un côté décalé. Ce mélange sport-mode ne le quittera plus.
Adidas, conciergerie, relooking : les métiers de la mode avant la marque
Installé sur la Côte d’Azur, Thierry travaille pour Adidas, côté football d’abord, où passent de nombreux joueurs, puis autour de la gamme mode originale de la marque. Il évoque cette période comme un vrai « kiff ». Il monte ensuite une conciergerie de luxe, s’appuyant sur son relationnel : locations de villas, de voitures, achats en tout genre. C’est là qu’il glisse vers le relooking et l’habillement de clients.
Il raconte avoir relooké l’ancien gardien de l’équipe de France Sébastien Frey, une expérience qui confirme son envie de devenir styliste. En parallèle, il travaille chez Massimo Dutti à Nice, participe à l’ouverture de la boutique du Polygone Riviera à Cagnes-sur-Mer en 2015, avant que ce chapitre ne se referme. Le service client, insiste-t-il, reste au cœur de sa manière de travailler.
Aizo Paris : naissance d’une marque entre wax et racines béninoises
L’idée de créer sa propre marque le poursuit depuis longtemps. Il commence par confectionner des pièces pour lui, avec du tissu, sans nom dessus. Les proches en redemandent. Il cherche alors un nom qui rappelle le Bénin et ses origines : en tapant « dialecte béninois » sur internet, il tombe sur le mot qui deviendra Aizo. Il dépose la marque en 2017.
Pourquoi « Paris » ? Parce que le nom lui rappelle ses origines parisiennes, qu’il trouve cela plus stylé, et parce que « Paris » parle à une clientèle étrangère. La signature « Aizo Paris » naît de ce double ancrage, même si la marque est bel et bien lancée à Nice.
Le wax s’impose naturellement : Thierry aime la couleur, au point qu’on le surnomme « Dragibus ». Les tissus béninois, tellement colorés, deviennent la matière première d’une mode qui affirme fièrement ses racines.
Le Bénin, le vaudou et les allées de tissus
Thierry consacre une large part de l’entretien à son attachement au Bénin. Enfant, les voyages « au bled » étaient vécus comme une corvée face aux étés parisiens entre potes. Avec l’âge, le regard change : « plus tu prends de l’âge, plus tu kiffes ton pays ». Il y retourne désormais régulièrement et constate un développement spectaculaire — statue des Amazones, grandes avenues, routes refaites, hôtels au nord du pays.
Il évoque le vaudou, dont le Bénin est le berceau, une culture vivante qui régit le quotidien, sans y adhérer lui-même mais en la respectant. Il parle aussi de la méfiance qu’il attribue à cette culture, du président Talon et de sa politique active, tout en soulignant la débrouillardise des habitants — jusqu’à l’anecdote d’un taxi Renault 25 « parlant » aux portières tenues par un tendeur.
Côté approvisionnement, il se ravitaille en tissus au Bénin, évoque aussi le Togo voisin et l’Afrique du Sud, où il a acheté un wax « celui de Mandela ». Il raconte les « bagarres » avec les mamans dans les allées de tissus, les modèles déposés portant des noms comme la « fleur de mariage », et l’histoire de ces étoffes venues de Hollande et, avant, d’Indonésie. À Nice, il évoque l’avenue Jean Médecin et ses magasins de tissus, où il retrouve ce plaisir de la couleur.
Vendre le wax sur la Côte d’Azur
Faire porter le wax à une clientèle qui, souvent, ne connaissait pas ce tissu : c’est la fierté de Thierry. Il assure avoir réussi à imposer ces étoffes colorées sur la Côte d’Azur, auprès de gens qui découvrent la matière. Il touche même une clientèle de Monaco et mise sur une vitrine soignée, colorée, musique à fond, pour attirer les curieux dans sa boutique.
Collaborations, footballeurs et bouche-à-oreille
La visibilité d’Aizo Paris passe beaucoup par ses collaborations et son réseau. Côté restauration, Thierry cite un enchaînement de partenariats : le restaurant Renato, un établissement à Villefranche, plusieurs restaurants niçois, un restaurant grec, La Petite Maison. Ces collaborations lui « ouvrent des portes ».
Côté football, ses anciens coéquipiers, dont certains sont devenus consultants sur Canal+, lui offrent de la visibilité. Le premier vrai coup de projecteur vient d’un ami, Malik Côté, invité à l’émission Le Vestiaire vêtu d’un tee-shirt de la marque. Il habille aussi l’équipe du Bénin et diverses personnalités. Seul aux commandes, Thierry avance au bouche-à-oreille et à la force de son relationnel.
La mode est aussi une histoire de famille : neveux dans la musique et le rap, un frère photographe, un neveu styliste. « C’est vraiment une histoire de famille », résume-t-il.
Nice, la boutique et le concept sur mesure
Interrogé sur Nice comme terre d’entreprendre, Thierry pointe le rythme des saisons : de mai à novembre, la clientèle répond, mais les mois d’hiver restent compliqués pour les commerçants. Il regrette aussi que la ville manque, selon lui, d’événements et de scène culturelle par rapport à Marseille, Paris ou Lyon.
Sa boutique se trouve rue Lépante, perpendiculaire à l’avenue Jean Médecin — un quartier qu’il n’aurait pas choisi, découvert par hasard en cherchant un local près de Décathlon. Il reconnaît que l’emplacement le « freine » un peu commercialement, tout en défendant son ambiance street qui colle à la marque.
Le concept : le client vient au magasin, choisit sa pièce (tee-shirt, sweat à capuche, bomber, veste militaire), puis son tissu wax parmi ceux exposés, puis la police d’écriture (graff ou signature plus fine). Chacun customise ainsi son vêtement.
Thierry évoque enfin un nouveau projet avec la société Clément Design pour habiller les chefs cuisiniers — tissus wax derrière les vestes de cuisine — et vise les grands restaurants, à l’image de ce qu’a fait Armani. Une manière d’élargir la marque au monde professionnel.
Paris ou Nice : le choix du soleil
Parisien attaché à sa ville d’origine, où vivent sa mère, ses frères et ses potes d’enfance, Thierry retourne régulièrement à Paris. Mais ses enfants, Liam et Jimmy, ont grandi à Nice, et c’est le climat, la mer, la montagne et le cadre de vie qui l’ont retenu sur la Côte d’Azur. S’il devait repartir un jour, il évoque plutôt un pays anglophone qu’un retour à Paris. Invité à résumer Nice en un mot, il choisit « santé ».
Au fil de l’épisode
- 00:01:33 — Qui est Thierry : Paris, le 18ᵉ, les origines béninoises
- 00:01:47 — Le football en famille, le centre de formation de Chantilly
- 00:02:38 — Le goût de la mode depuis l’enfance
- 00:02:48 — L’arrivée sur la Côte d’Azur au début des années 2000
- 00:03:26 — Adidas : le foot puis la gamme mode
- 00:04:19 — La conciergerie de luxe et le relooking
- 00:04:56 — Le relooking de Sébastien Frey
- 00:05:51 — Les premières créations pour lui et ses proches
- 00:06:27 — Le choix du nom Aizo, dépôt de la marque en 2017
- 00:07:37 — Massimo Dutti et l’ouverture du Polygone à Cagnes-sur-Mer
- 00:09:29 — Les premières boutiques : Nice, Paris, Châtelet
- 00:10:20 — Les collaborations avec les restaurants
- 00:11:16 — La visibilité par les footballeurs et l’émission Le Vestiaire
- 00:13:23 — La mode, une histoire de famille
- 00:15:06 — Pourquoi « Paris » dans le nom de la marque
- 00:16:24 — Le rapport au Bénin et à l’Afrique
- 00:18:04 — Le wax : la couleur et les racines
- 00:21:39 — Le vaudou, berceau béninois
- 00:23:47 — Le développement du Bénin, la statue des Amazones
- 00:27:10 — L’approvisionnement en tissus : Bénin, Togo, Afrique du Sud
- 00:28:19 — Les magasins de tissus de l’avenue Jean Médecin
- 00:31:26 — Le Kente et le wax de Mandela
- 00:32:05 — Faire porter le wax sur la Côte d’Azur
- 00:34:01 — Nice, ville où entreprendre entre saisons
- 00:35:40 — Le lancement de la marque et le soutien de Design Riviera
- 00:38:39 — Nice ou Paris : le choix du cadre de vie
- 00:44:34 — La collaboration avec La Petite Maison
- 00:46:08 — La boutique rue Lépante, un quartier choisi par hasard
- 00:53:40 — Le projet Clément Design pour habiller les chefs
- 00:56:04 — Le concept de customisation en boutique
- 00:57:37 — La recommandation : José Cobos
Références de l’épisode
- Aizo Paris, marque de vêtements
- Wax (tissu)
- Kente (pagne tissé)
- Adidas
- Stella McCartney (gamme Adidas)
- Massimo Dutti
- Polygone Riviera, Cagnes-sur-Mer
- Sébastien Frey, ancien gardien de l’équipe de France
- Restaurant Renato
- La Petite Maison, restaurant, Nice
- Clément Design
- Design Riviera
- Armani
- Émission Le Vestiaire
- Malik Côté, footballeur
- Petit, Leboeuf, Dugarry (consultants football)
- Bénin
- Togo
- Afrique du Sud
- Talon, président du Bénin
- Statue des Amazones (Bénin)
- Wax « de Mandela »
- Vaudou
- Avenue Jean Médecin, Nice
- Rue Lépante, Nice
- Décathlon
- Agnès B.
- Louis Vuitton
- Monaco
- José Cobos, footballeur (recommandation)
- Renault 25
FAQ
Qui est Thierry Mivek ?
Thierry Mivek est un créateur de mode d’origine béninoise, fondateur de la marque de streetwear Aizo Paris installée à Nice. Ancien passionné de football, il a travaillé pour Adidas, monté une conciergerie de luxe et fait du relooking avant de lancer sa propre marque de vêtements personnalisés à base de tissus wax.
Qu’est-ce qu’Aizo Paris ?
Aizo Paris est la marque de streetwear créée par Thierry Mivek et déposée en 2017. Elle marie le vêtement urbain et les tissus wax colorés, en hommage aux racines béninoises du créateur. Le nom « Aizo » vient d’un dialecte béninois, « Paris » rappelant ses origines parisiennes. La marque est lancée à Nice.
Où trouver la boutique de Thierry Mivek à Nice ?
La boutique se situe rue Lépante, à Nice, une rue perpendiculaire à l’avenue Jean Médecin. Thierry Mivek y propose un concept de customisation : le client choisit sa pièce, son tissu wax parmi ceux exposés, puis sa police d’écriture. Il travaille aussi avec plusieurs restaurants niçois.
Pourquoi Thierry Mivek utilise-t-il le wax dans ses créations ?
Thierry Mivek utilise le wax parce qu’il aime profondément la couleur et parce que ce tissu incarne ses racines béninoises. Il se ravitaille notamment au Bénin, au Togo et en a rapporté d’Afrique du Sud. À Nice, il assure avoir réussi à faire porter ces étoffes colorées à une clientèle qui, souvent, ne les connaissait pas.
Quel est le lien entre Thierry Mivek et le football ?
Le football fait partie de l’histoire familiale de Thierry Mivek, passé par le centre de formation de Chantilly. Sans carrière professionnelle, il en garde un réseau précieux : d’anciens joueurs devenus consultants lui offrent de la visibilité. Sa marque a notamment gagné en notoriété via l’émission Le Vestiaire.
Pourquoi Thierry Mivek s’est-il installé à Nice ?
Parisien du 18ᵉ arrondissement, Thierry Mivek s’est installé sur la Côte d’Azur au début des années 2000, retenu par le climat, la mer et la montagne. Ses enfants y ont grandi. C’est aussi à Nice qu’il a lancé Aizo Paris et développé son activité, tout en retournant régulièrement à Paris où vit sa famille.