Père Gil Florini : un Prêtre atypique au cœur de Nice, entre spiritualité et actions engagées #26
Figure incontournable de Nice, le père Gil Florini est un prêtre atypique dont l’énergie déborde bien au-delà des murs de son église. Ordonné en 1984, aujourd’hui à la tête de la paroisse Saint-Charles-de-Foucauld à l’est de la ville, il conjugue spiritualité et actions engagées : bénédictions insolites, restaurant solidaire, réinsertion des plus démunis, soupe populaire inversée. Niçois de naissance et de cœur, il défend un vivre-ensemble concret, sans naïveté ni sectarisme. Au micro de Jean-Raphaël Drahi, il raconte son parcours, sa vision de la foi dans une société en mutation et son attachement viscéral à sa ville natale.
Un prêtre atypique de Nice, entre spiritualité et actions solidaires
Qui est Gil Florini ?
Gil Florini est un prêtre catholique niçois, figure emblématique de la ville, aujourd’hui à la tête de la paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, qui regroupe sept églises à l’est de Nice, dont Saint-Roch où il reçoit ce podcast. Né en 1954 à Nice, rue Bonaparte, il étudie au lycée Masséna puis à l’École normale d’instituteurs. Scout de France pendant plusieurs dizaines d’années jusqu’à devenir aumônier départemental et diocésain, il entre au Grand Séminaire du diocèse de Nice en 1978 et est ordonné prêtre en juin 1984 à la cathédrale de Nice.
En 2001, il devient curé de la paroisse Saint-Ambroise (Saint-Pierre-d’Arène, le Sacré-Cœur, Saint-Philippe) et doyen de Nice-Centre, poste qu’il occupe une vingtaine d’années avant sa nomination à Saint-Charles-de-Foucauld le 1ᵉʳ septembre 2023. Chevalier de l’Ordre national du Mérite, médaillé de la Jeunesse et des Sports, il est aussi écrivain, chanteur et producteur de spiritueux. Connu pour ses actions atypiques et son engagement social, il reste président du forum installé sous l’église Saint-Pierre-d’Arène, centre d’accueil et d’insertion.
Un prêtre qu’on ne trouvera pas sous les décombres de son église
« Si l’église s’écroule, il y a peu de chances qu’on me trouve sous les décombres parce que je n’y suis pas souvent. » La formule résume sa conception du sacerdoce. Curé, il assure bien sûr le culte — messes, baptêmes, mariages, obsèques — mais il estime être avant tout chargé du bien commun sur tout un secteur.
Pour lui, l’essentiel se joue dehors : regarder les gens, marcher avec eux, connaître leurs soucis. « On fait un boulevard, on s’arrête dix fois. » C’est cette connaissance concrète du terrain qui lui permet, dit-il, de parler d’égal à égal avec les associations comme avec les responsables politiques.
Sa nouvelle paroisse s’étend de la tête au carré jusqu’en haut de la Lauvette, de l’observatoire à l’hôpital Pasteur. Un vaste territoire, changement de population et arrachement, mais aussi la joie de découvrir des quartiers « très vivants, très vigoureux ».
Bénédiction des motos, des animaux et des téléphones : donner envie
Les bénédictions de Harley-Davidson, d’animaux ou de téléphones portables lui valent une belle notoriété médiatique. Publicité ou geste de sens ? « Les deux », répond-il sans détour. « On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. »
Dans une société où la régularité a disparu et où les gens « vivent aux coups de cœur », il multiplie ce qu’il appelle des phares, des petites lumières, des fêtes. La bénédiction des moyens de communication figure dans le livre des bénédictions depuis 1987 ; celle des animaux remonte au livre de Daniel. Il n’a rien inventé, dit-il, mais il rassemble.
Son but premier n’est pas la conversion. « Vivons ensemble, voilà, qui que l’on soit. » La Fête des animaux, fixée au 6 octobre, illustre cet esprit : partager du bonheur, échanger, et si certains y rencontrent la foi, tant mieux.
La foi a un avenir, l’Église doit adapter la forme
Aux églises qui se vident, il oppose une conviction nette : « Je prédis un très bel et très grand avenir à la foi. » La seconde moitié du XXᵉ siècle a fait croire que la vie se résumait à manger, dormir, gagner de l’argent. Les gens s’aperçoivent aujourd’hui qu’ils ont aussi un cœur et un cerveau.
Il cite les 12 000 baptêmes d’adultes recensés en France en 2023, signe que la réflexion peut conduire à la foi. Pour l’Église, il plaide non pour changer le message, mais pour en adapter la forme aux nouveaux rythmes.
De là découle sa réflexion sur le sens et l’altérité : l’autre existe, avec moi, pas contre moi. Face à la violence, à la drogue, à une vision du monde façonnée par les écrans où « la vie de l’autre, c’est sur un écran », il défend patiemment la redécouverte de la valeur de soi et d’autrui — un travail de dix ou vingt ans.
Le vivre-ensemble à l’épreuve des quartiers et des attentats
Sa paroisse couvre des quartiers multiconfessionnels comme l’Ariane, où vivent notamment d’importantes communautés musulmanes. Au bout d’un an, il évoque des relations avant tout humaines, tissées par les associations qui donnent à manger et à s’habiller « sans regarder si vous êtes chrétien, musulman, bouddhiste ».
Il refuse le modèle communautariste anglo-saxon : « Un État est une communauté », faite de gens différents mais unis par des règles de vie communes. Sans naïveté, il rappelle que le quartier au-dessus de Saint-Roch fut l’un des premiers lieux de départs vers la Syrie en France, et distingue clairement ceux qui veulent diviser de la vie commune ordinaire.
Lors de l’attentat du 14 juillet sur la Promenade des Anglais, entièrement sur sa paroisse, il a été appelé par le maire et est resté toute la nuit auprès des familles. Comme pour la basilique Notre-Dame, il tient un cap : punir les auteurs, mais ne jamais laisser le mal opposer les communautés, car le tueur « n’a pas tué plus la communauté chrétienne » — il a tué des gens qui étaient là.
Réinsertion, repas solidaires et soupe populaire inversée
Ses actions de solidarité suivent deux axes. La réinsertion d’abord : avec le forum Georges-François, en lien avec la préfecture, l’État et la ville de Nice, il accompagne depuis douze ans des personnes sur un an, deux ans ou plus. On leur apprend la langue, à s’habiller, à arriver à l’heure, à respecter un travail — parfois des personnes placées par la justice.
L’immédiateté ensuite : « Quelqu’un qui a faim aujourd’hui à midi, vous n’allez pas lui dire tu me fais un dossier en trois exemplaires. » Épiceries sociales, vestiaires, association Trait de partage à l’Ariane, petits déjeuners servis à 140 SDF chaque matin, avec une vraie tasse et un vrai jus d’orange, parce que « l’humanité doit être respectée ».
Le forum abrite aussi un restaurant solidaire où chacun peut manger à 12 euros ; quatre ou cinq repas payés financent un repas gratuit, distribué en toute discrétion. Enfin, la soupe populaire inversée : des SDF préparent eux-mêmes la soupe et la servent aux passants dans la rue, pour renverser les regards et rappeler qu’« un SDF, ça peut aussi offrir une soupe ». Des rencontres improbables naissent alors entre familles huppées, artistes et personnes de la rue.
Livres, disques et pastis : un créateur, pas un businessman
Chevaux, pastis, disques, livres : cette dimension entrepreneuriale intrigue. Péché d’orgueil ? Il balaie l’idée. Sur un livre, l’auteur touche moins de 6 % ; l’intérêt est de laisser une trace écrite et durable, de dire ce qu’on pense. Un second tome de son ouvrage Libre propos est en préparation.
Le pastis de Nice, qu’il a créé en 1981, comme les liqueurs, répondait à un besoin très concret : financer l’accueil de personnes à la rue au sanctuaire de la Madone de la Gay, où l’on a hébergé des gens pendant une trentaine d’années. « Je ne suis vraiment pas un businessman », insiste-t-il, se disant « d’une nullité en affaires épuisante », mais « plutôt créateur ».
Sa philosophie : plutôt que d’attendre des subventions aléatoires et de se plaindre, s’autofinancer en créant. Les revenus vont à une fondation et à ses actions. « Ma voiture, 177 000 kilomètres, elle tient parce qu’elle a des fils de fer, mais je m’en fous. »
Le prêtre, les politiques et l’âme niçoise
La place du prêtre dans la cité ? Annoncer l’Évangile, exercer la charité « génétique pour un chrétien », animer une communauté encore très grande à Nice, et participer à la vie publique parce qu’il représente cette communauté. Ami de longue date de certains responsables politiques, il assume ces relations : tenu au secret, ne se présentant à aucune élection, il n’est en concurrence avec personne, ce qui garantit une parole libre. Il refuse de désigner un camp et renvoie chacun au bien commun.
Profondément enraciné, il a refusé un poste à Paris et ne quittera pas sa région, qu’il conçoit large — de Vintimille à Saint-Raphaël jusqu’à Barcelonnette. Le Niçois ? « Un râleur, un emmerdeur hors pair », mais « vraiment bon cœur », héritier d’une ville frontière et d’accueil depuis les Grecs, les Romains, les Arméniens, les Coptes.
Terrien plus que marin, attaché aux collines et à l’arrière-pays, il livre trois lieux qui le touchent : le Mont Boron pour sa vue et ses balades, le sanctuaire de la Gay pour sa place dans la mémoire des familles niçoises, et les restaurants à taille humaine où l’on cuisine vraiment. Nice en un mot ? « L’avenir. » Et son invité suggéré pour un prochain épisode : la sénatrice Dominique Estrosi Sassone, pour son ancrage humain profond. Julien Gérard, absent de cet épisode, retrouvait l’univers du niçois et de son âme avec Cristou d’Aurore dans un autre épisode de Rendez-vous sur la Prom.
Au fil de l’épisode
- 00:01:30 — Arrivée à l’église Saint-Roch et pan bagnat du marché
- 00:02:47 — Naissance rue Bonaparte, lycée Masséna, scoutisme et ordination en 1984
- 00:03:42 — Les paroisses successives, distinctions et casquettes multiples
- 00:04:33 — « Pas fatigué de tout ça ? » : chercher la solution plutôt que se plaindre
- 00:05:41 — « On ne me trouvera pas sous les décombres » : le prêtre hors les murs
- 00:06:48 — La nomination à Saint-Charles-de-Foucauld et l’arrachement
- 00:08:58 — Bénédictions de motos, d’animaux et de téléphones
- 00:11:18 — La foi a-t-elle encore un avenir ?
- 00:14:33 — Le sens, l’altérité, la violence et les écrans
- 00:17:29 — Vivre-ensemble dans les quartiers multiconfessionnels et l’Ariane
- 00:20:43 — Radicalisation, départs en Syrie, refus de la division
- 00:21:29 — Les attentats de Nice, la basilique et le 14 juillet sur la Prom
- 00:25:38 — Les actions de solidarité : réinsertion et immédiateté
- 00:29:05 — Épiceries sociales, petits déjeuners des SDF, humanité
- 00:31:26 — Le restaurant solidaire à 12 euros du forum
- 00:32:45 — La soupe populaire inversée
- 00:36:29 — Livres, pastis, disques : créateur plutôt que businessman
- 00:38:26 — Le pastis de Nice créé en 1981 pour financer l’accueil
- 00:41:40 — Pourquoi écrire des livres : la trace durable
- 00:44:17 — La place du prêtre dans la cité
- 00:46:44 — Ses relations avec les hommes et femmes politiques
- 00:51:05 — Refuser Paris, rester attaché à son comté
- 00:52:25 — Ce qui caractérise les Niçois
- 00:54:42 — Terrien plus que marin : les collines et l’arrière-pays
- 00:55:26 — Trois lieux qui le touchent : Mont Boron, sanctuaire de la Gay, restaurants à taille humaine
- 00:58:49 — Nice en un mot : l’avenir
- 00:59:19 — L’invitée suggérée pour un prochain épisode
Références de l’épisode
- Église Saint-Roch, Nice
- Marché Saint-Roch
- Paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, est de Nice
- Rue Bonaparte, Nice
- Lycée Masséna
- École normale d’instituteurs, Nice
- Scouts de France
- Grand Séminaire du diocèse de Nice
- Cathédrale de Nice
- Paroisse Saint-Ambroise, Saint-Pierre-d’Arène, le Sacré-Cœur, Saint-Philippe
- Institut méditerranéen d’art sacré, Saint-Paul-de-Vence
- Ordre national du Mérite
- Médaille de la Jeunesse et des Sports
- Le Negresco
- Quartier de l’Ariane, Nice
- Quartier Saint-Roch / Riquier
- Hôpital Pasteur, Nice
- Observatoire de Nice
- Basilique Notre-Dame de Nice
- Attentat du 14 juillet, Promenade des Anglais
- Forum Georges-François, centre d’accueil et d’insertion
- Association Trait de partage
- Secours populaire
- Secours catholique
- Restos du cœur
- Sanctuaire de la Madone de la Gay
- Pastis de Nice (créé en 1981)
- Libre propos, ouvrage de Gil Florini
- Livre de Daniel, Ancien Testament
- Rue Monseigneur-Daumas, Nice
- Monseigneur Daumas, résistant
- Mont Boron
- Estrosi, maire de Nice
- Dominique Estrosi Sassone, sénatrice
FAQ
Qui est le père Gil Florini ?
Gil Florini est un prêtre catholique niçois né en 1954 à Nice, ordonné en 1984. Figure emblématique de la ville, il est à la tête de la paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, à l’est de Nice, qui regroupe sept églises dont Saint-Roch. Connu pour ses actions atypiques et son engagement social, il est aussi écrivain, chanteur et producteur de spiritueux.
Quelles actions de solidarité mène le père Florini à Nice ?
Il agit sur deux axes : la réinsertion, via le forum Georges-François, où des personnes sont accompagnées sur un ou deux ans, et l’aide immédiate — épiceries sociales, vestiaires, petits déjeuners servis à 140 SDF chaque matin. Le forum abrite un restaurant solidaire à 12 euros et organise une soupe populaire inversée, préparée et servie par des personnes de la rue.
Pourquoi le père Florini bénit-il des motos, des animaux et des téléphones ?
Pour lui, ces bénédictions sont autant un moyen de rassembler qu’un geste de sens. Dans une société qui vit aux coups de cœur, il les compare à des phares, des fêtes qui donnent envie de se retrouver. Il rappelle qu’elles existent de longue date : la bénédiction des moyens de communication figure dans le livre des bénédictions depuis 1987.
Où trouver le père Gil Florini à Nice ?
Il exerce à la paroisse Saint-Charles-de-Foucauld, à l’est de Nice, et reçoit notamment à l’église Saint-Roch. Il reste également président du forum installé sous l’église Saint-Pierre-d’Arène, derrière le Negresco, centre d’accueil et d’insertion abritant un restaurant solidaire.
Quel est le parcours du père Florini avant Saint-Charles-de-Foucauld ?
Après une jeunesse niçoise, le scoutisme et l’École normale d’instituteurs, il entre au Grand Séminaire en 1978 et est ordonné prêtre en 1984. Curé de la paroisse Saint-Ambroise et doyen de Nice-Centre à partir de 2001, il occupe ce poste une vingtaine d’années avant sa nomination à Saint-Charles-de-Foucauld le 1ᵉʳ septembre 2023.
Quelle est la vision de la foi du père Florini ?
Il prédit un grand avenir à la foi, estimant que les gens redécouvrent une dimension spirituelle au-delà de la technique et de l’économie. Il cite les 12 000 baptêmes d’adultes recensés en France en 2023. Pour l’Église, il plaide non pour changer le message, mais pour en adapter la forme aux nouveaux rythmes de la société.